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Vu par Zibeline

L'Amérique de Serge Kribus par la Cie Bon-qu’à-ça

Pour quelles Amériques ?

• 5 novembre 2018⇒6 novembre 2018, 9 novembre 2018⇒10 novembre 2018 •
L'Amérique de Serge Kribus par la Cie Bon-qu’à-ça  - Zibeline

Ombres, premières mesures de Knocking on Heaven’s door de Bob Dylan… Entre Les souris et les hommes et Easy rider, la première création de la Cie Bon-qu’à-ça s’attache à un texte de Serge Kribus, L’Amérique (Prix Théâtre 2006 de la SACD), repris par l’auteur en une nouvelle version. Deux acteurs endossent tous les rôles avec une aisance confondante ; ils incarnent avant tout Jo (Maurin Ollès) et Babar (Edward Decesari), les personnages autour desquels tout se fonde. Babar abandonne les études de médecine auxquelles ses parents l’ont poussé, et suit Jo, qui vit d’expédients. Le premier aime théoriser, cite Marx, Trotski, étouffe dans un parcours non choisi, sa fuite, reniement des diktats familiaux et sociétaux est aussi une quête de soi –vers quelles Amériques ?- ; le second aborde la vie avec une liberté totale, prend, laisse, triche, joue, véritable électron libre qui semble s’évader des contraintes de la réalité par un mouvement perpétuel, avec la gouaille et l’insouciance d’un Gavroche… Entre Bruxelles, Paris, Nice, se tisse une épopée rimbaldienne sous forme de road-movie. Découverte et dérèglement des sens, en 49 tableaux, tandis que le carré de la terre surmonté d’un escalier sans but tourne insensiblement dans la lumière chiche d’un vieux réverbère. Irrésistible tournoiement du monde alors que des bribes de musiques des années 68 ajoutent leurs échos (superbe bande son de Léo Croce) à la palette ciselée du récit. Tragédie on ne peut plus classique dans la forme, avec la mort dès l’incipit, « pan, pan, pan, j’entends trois coups de feu » lance Jo qui, du haut de l’escalier qu’il ne quittera pas, raconte sa fin, avant de renouer en une pirouette avec les débuts de son histoire avec Babar, toujours en contrebas. Dans un subtil travail en épure, (pas ou peu de déplacements), les comédiens, confinés chacun dans leur espace, ne se toucheront jamais, et pourtant, rarement une relation aussi fusionnelle a été portée à la scène. Paul Pascot, le metteur en scène, nous offre une plongée bouleversante dans l’essence même du théâtre, soulignée finement par les lumières de Dominique Borrini.

MARYVONNE COLOMBANI
Novembre 2018

Photo: L’Amérique © Christophe Raynaud de Lage

Le spectacle L’Amérique a été créé au Théâtre de la Passerelle à Gap les 5 & 6 novembre, puis joué les 9 et 10 novembre au Théâtre du Bois de l’Aune, Aix-en-Provence


Théâtre du Bois de l’Aune
1 Place Victor Schoelcher
13090 Aix-en-Provence
04 88 71 74 80
boisdelaune.fr


Théâtre La Passerelle
137 boulevard Georges Pompidou
05000 Gap
04 92 52 52 52
http://www.theatre-la-passerelle.eu/