De l’ignorance qui attise l’intolérance, «Change me» s'est joué au Domaine d’O

Pour que ça changeVu par Zibeline

De l’ignorance qui attise l’intolérance, «Change me» s'est joué au Domaine d’O - Zibeline

1993. Nebraska, États-Unis. Brandon Teena, 21 ans, se fait violer, puis assassiner par ses complices en masculinité. Difficile de les appeler ses amis, bien qu’il passait toutes ses soirées avec eux, à boire, fumer, évoquer comment choper les filles, et, de surenchère en surenchère, passer pour le meilleur caïd au lit. Se donner des bourrades bien viriles, et se laisser aller à la confidence parfois, au détour d’un shot bien tassé : une vie de mec. Sauf que celui-ci, dont on riait parce qu’il était tendre avec ses petites copines, avait interverti son nom et son prénom. Depuis plusieurs années il avait laissé Teena au placard, et s’évertuait à donner à Brandon des allures de petit gars. Quand ce fut découvert, ses compagnons de perdition se sentirent trahis. L’ami est devenu une proie. Qui s’est plainte à la police, dénonçant le viol. Mais le shérif, trop occupé à s’immiscer dans la vie intime de Brandon, a laissé les coupables aller au bout de l’horreur.

Susan Muska et Gréta Olafsdottir ont rencontré les protagonistes de ce drame, qui tous s’expriment dans leur documentaire. Camille Bernon et Simon Bourgade (Cie Mauvais sang) se sont eux aussi replongés dans cette terrible histoire, qu’ils raccrochent aux Métamorphoses d’Ovide, reprises par Isaac de Benserade au XVIIe pour sa pièce en alexandrins Iphis et Iante. Mêlant très habilement les registres (extraits d’interviews du film et interprétés en direct, prose et vers des textes anciens, longues scènes issues d’improvisations), Change me rejoue la destinée de Brandon concentrée en une nuit. Les deux copains (Baptiste Chabauty et Mathieu Metral, parfaits de brutalité et fragilité mêlées) et la sœur de l’un d’eux (Pauline Bolcatto, désarmante) fêtent l’anniversaire de Brandon (Camille Bernon, à la sobriété percutante). On connaît la suite et c’est terrible de le voir se débattre, les passages entre ce long flashback et les témoignages qui suivirent le meurtre mettent en évidence l’ignorance qui attise l’intolérance, et l’irruption toute naturelle d’Ovide et de Benserade au milieu de notre agressive contemporanéité crie l’universalité de ce qu’on appelle aujourd’hui la dysphorie de genre. 

ANNA ZISMAN
Mars 2020

Change me a été joué les 27 & 28 février au Théâtre Jean-Claude Carrière du Domaine d’O, Montpellier

Photo : © Cie mauvais sang

Domaine d’O
178 rue de la Carriérasse
34090 Montpellier
0800 200 165
domainedo.fr