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La palme du Festival d'Automne de Gardanne décernée à Lucky de John Carroll Lynch, avec Harry Dean Stanton

Pour le sourire de Lucky

La palme du Festival d'Automne de Gardanne décernée à Lucky de John Carroll Lynch, avec Harry Dean Stanton - Zibeline

La programmation ciné du Festival d’Automne de Gardanne est indubitablement l’évènement d’octobre à Gardanne.

Plus de 50 films projetés, des avant-premières, des rencontres avec les réalisateurs, l’implication du public et du jury-jeunes qui votent pour l’attribution de prix : Gardanne était plongé dans les écrans !

Le Grand Prix du public de cette 29ème édition (sur les 13 films en compétition) revint à Lucky de John Carroll Lynch, avec Harry Dean Stanton, dernier film de l’acteur, disparu le 15 septembre dernier. Sa silhouette filiforme arpente le film avec une évidence tranquille dans une vie répétitive, jusqu’au jour où une chute le conduit chez le médecin. Une méditation sur la mort, son attente, la perspective du néant obligent le personnage à considérer sa vie autrement, jusqu’au sourire final qui nous réconcilie avec notre humanité. (sortie le 13 décembre). Lui disputait la première place Au revoir là-haut d’Albert Dupontel, superbe dans l’ampleur de sa narration qui englobe toutes les strates de la société d’après-guerre (la 1ère), et accorde la magie de l’Art nouveau aux plus terribles blessures. Le Jury Jeunes décernait son prix ex-æquo à Makala d’Emmanuel Gras et Les Garçons sauvages de Bertrand Mandico. Le premier suit l’itinéraire d’un jeune charbonnier congolais qui transporte sa production de charbon de bois à la ville, images splendides, sens de la dramatisation dans un film où les frontières entre documentaire et fiction s’effacent (voir entretien WRZ). Le second interroge le genre dans une parabole fantastique où la photographie en noir et blanc apporte une distanciation nouvelle.

Reconstructions

Les êtres secoués par la vie retrouvent une cohérence, ainsi, l’héroïne de Nicolas Giraud, qui a perdu son compagnon, dans le film « tactile » Du soleil dans les yeux (adaptation de L’impureté d’Irène de Philippe Mezescaze). Le réalisateur s’interdit d’enfermer les êtres dans une image, « Je ne filme pas mes personnages où ils sont mais où ils en sont ». Le couple du Soleil Battant des sœurs Clara et Laura Laperrousaz taisent la mort de leur première petite fille à leurs jumelles, (espiègles Margaux et Océane Le Caoussin). La circulation du point de vue entre les personnages, le style pictural jamais déréalisé qui privilégie l’onirisme, le lyrisme, font de cette œuvre aux paysages de western un « un drame lumineux ». Carré 35 d’Éric Caravaca traite aussi du thème de la perte d’une enfant, en racontant le drame de sa propre famille. Ici, la volonté d’oubli, de négation, symbolise le refus d’un passé historique que l’on occulte, guerre d’Algérie, évènements du Maroc…

Les bruits du monde

Les crises du monde se glissent sur l’écran des salles, la tragédie des migrants nourrit le très beau Isola de Fabianny Deschamps, en une technique très théâtrale, avec des séquences d’acteur qui tiennent de la performance. « Le documentaire use de la fiction, de l’ordre du conte, comme un écrin pour que ces images nous parviennent dans toute leur violence », absurde dans le regard innocent de la jeune Dai. We blew it de Jean-Baptiste Thoret livre une approche des USA en forme de road-movie sur la route 66, mesure le mythe des années 60-70 à l’aune de 2016, sur fond d’élections américaines. Les références à la littérature et au cinéma américain abondent, la caméra ne juge pas, mais nous amène à réfléchir, intelligemment, au cœur d’images somptueuses. Plus proche de nous, dans le Forez, Sans adieu de Christophe Agou présente une vision terrible de la condition paysanne, sans misérabilisme, avec des êtres qui se tiennent debout quand même !

Il ne faudrait pas oublier le documentaire Macadam popcorn de Jean-Pierre Pozzi avec Mathieu Sapin, le très beau Rembrandt fecit de Jos Stelling, le très pertinent El Presidente de Santiago Mitre avec Ricardo Darín, le terrible et sublime Sicilian ghost story de Fabio Grassadonia et Antonio Piazza, inspiré d’une histoire vraie d’un enfant enlevé et tué par la mafia, ni l’enthousiasmant film d’animation Zombillenium (coup de cœur du Jury Jeunes) ! Une magnifique moisson de cinéma, avec, en passeur, l’infatigable directrice du cinéma, Cerise Jouinot.

MARYVONNE COLOMBANI
Novembre 2017

Le Festival d’Automne de Gardanne s’est tenu du 20 au 29 octobre au Cinéma 3 Casino, Gardanne

Photographie : Lucky, de John Carroll Lynch © Harry Dean Stanton, a Magnolia Pictures release. Photo courtesy of Magnolia Pictures


Cinéma 3 Casino
11 Cours Forbin
13120 Gardanne
04 42 51 44 93
http://www.cinema-gardanne.com