«33 tours» de David Chariandy, aux éditions Zoé

Pour l’amour du rap

«33 tours» de David Chariandy, aux éditions Zoé - Zibeline

Aisha et Michael se retrouvent après dix années de silence. Elle revient dans le quartier populaire de son enfance de la banlieue de Toronto, pour revoir Mickael après avoir assisté aux derniers moments de son père. Le passé rejaillit avec les souvenirs du lycée et surtout ceux de Francis, le frère de Mickael. Après une enfance tranquille, ce dernier avait eu une adolescence révoltée. Sa mère, qui travaillait comme femme de ménage pour élever seule et dignement ses deux garçons, lui reprochait l’abandon de ses études et ses mauvaises fréquentations. Une bande de jeunes se réunissaient en effet dans un salon de coiffure qui leur servait de local pour faire du rap. La pauvreté, les difficultés à trouver un travail contribuent à les entretenir dans la précarité et à les faire glisser vers la délinquance. Situé au Canada à la fin des années 80, le contexte ressemble à celui de nos banlieues actuelles : brassage des origines, méfiance envers la police, peur, honte, puis dérapages. Un jour, un geste, un regard de trop, déclenchent le drame.

Si le texte de David Chariandy n’est pas autobiographique, son expérience d’une enfance pauvre, celle du rejet et du racisme, comme il l’a racontée dans son troisième roman, Il est temps que je te dise, a nourri ce récit. Même origine, Trinidad, même situation de la famille esclave dans les cannes à sucre, même acharnement à s’en sortir, même dignité. Il a su créer des personnages attachants, soulignant la relation affectueuse des deux frères et de leur mère, campant filles et garçons séduits par la modernité, en rupture avec une société dans laquelle ils ne peuvent réaliser leurs rêves parce qu’elle ne les comprend pas.

CHRIS BOURGUE
Mars 2020

Ce livre fait partie de la sélection pour le Prix littéraire des lycéens de la Région Sud-PACA
33 tours David Chariandy traduit de l’anglais par Christine Raguet
Éditions Zoé, 19 €