Vu par Zibeline

Premières "Traces" des Fragments d’une Tunisie contemporaine exposées au MuCEM jusqu'au 28 septembre

Portrait fragmenté de la Tunisie

• 16 mai 2015⇒28 septembre 2015 •
Premières

«Il y a quelque chose d’une sobriété heureuse chère à Pierre Rabhi» dans Traces, au MuCEM, pour Thierry Fabre qui signe le commissariat avec Sana Tamzini, présidente du Forum des associations culturelles en Tunisie. Car c’est de la Tunisie, justement, dont il est question dans le corpus d’images photographiques et vidéos assemblées comme les pièces d’un puzzle. Des fragments qui jouent les uns par rapport aux autres sans volonté de croire à une «école tunisienne» mais, au contraire, d’éclairer des regards multiples posés sur une histoire commune, un présent et un avenir à construire. L’exposition en diptyque (Fragments I jusqu’au 28 sept, Fragments II du 4 nov au 29 fév 2016) réunit dix artistes dans une scénographie épurée, voire austère, par la volonté de Sana Tamzini qui «préfère laisser un temps de latence pour voir les œuvres et garder l’intimité de chaque artiste sans interférence». Sont ainsi privilégiés les espaces de respiration entre les pièces, peu nombreuses, et les points de suspension entre les artistes, cinq à chaque Fragments, pour mieux s’immerger dans leurs univers. Celui d’Ismaïl Bahri requiert 11 minutes d’attention richement récompensée : son Film déroule des écritures et des images en transition tirées de journaux, révélées lentement par le truchement d’un miroir invisible. Expérience magnifique de la lenteur, de l’apparition et de la disparition, de l’effacement de la mémoire. Dans la série photographique Chokran ya siédété al raiis (Merci, Monsieur le Président), Fakhri El Ghezal questionne le vide laissé par les politiques déchus, les traces de l’absence, l’après événement : que reste-t-il lorsque les portraits officiels disparaissent des cadres ? Un travail philosophique qui dit le vacillement des choses à l’heure où le drapeau tunisien et les sourates du coran apparaissent dans l’espace public… Dans l’histoire tunisienne bouleversée, il est une chose qui ne change pas : ses paysages. Souad Mani s’en empare pour les recomposer, à sa manière, dans des images floutées, vibrantes. Dans un temps infini, allongé, suspendu. Là encore ses captures vidéo requièrent patience et concentration. Autre paysage, interdit celui-ci mais néanmoins photographié par Zied Ben Romdhane : l’oasis de Gabès et son groupe chimique qui déverse ses déchets depuis quarante ans ! Clichés cruels et lumineux sur un désastre écologique impuni. Si Zied Ben Romdhane dénonce les traces industrielles sur le paysage, les traces politiques n’échappent pas à son regard accusateur. Pour preuve sa série réalisée à la frontière tuniso-libyenne où les réfugiés survivent dans des camps d’infortune. Enfin, puisant dans ses archives familiales, Héla Ammar compose un patchwork de photos noir et blanc rebrodées de fil rouge dont la similitude thématique et stylistique flirte bizarrement avec l’œuvre de l’artiste franco-marocaine installée à Marseille, Carolle Benitah…

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Mai 2015

Ecouter l’interview de Thierry Fabre sur WRZ ici

Traces, Fragment I
Fragments d’une Tunisie contemporaine
jusqu’au 28 septembre

MuCEM, Marseille

photo : Souad Mani, Souvenirs du présent © Souad Mani


Mucem
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