Le FIDMarseille a ouvert ses portes avec les intermittents et un film de Johannes Holzhausen sur le Kunst-historische Muséum

Portes ouvertesVu par Zibeline

• 1 juillet 2014 •
Le FIDMarseille a ouvert ses portes avec les intermittents et un film de Johannes Holzhausen sur le Kunst-historische Muséum  - Zibeline

C’est en présence d’une vingtaine d’intermittents que s’est ouverte le 1er juillet, au Silo, la 25e édition du FID Marseille. Après les traditionnels remerciements, Jean-Pierre Rehm, délégué général, leur a donné la parole, à eux, les «intermittents et précaires». Ils ont précisé ce que  sont les précaires, reprenant le texte de la coordination à qui Jean-Luc Godard avait donné la parole lors de la conférence de presse à Cannes en 2004. «La précarité est une politique d’assignation, une volonté de séparer et de contrôler. Ainsi, si le cinéma fut et reste encore un pays supplémentaire, la précarité est un continent. Le temps de travail du précaire c’est la discontinuité. L’intermittence, c’est la discontinuité. Les intermittents ont des emplois précaires, et les précaires des emplois intermittents. Alors la discontinuité c’est quoi. La discontinuité du travail ce serait quoi. La discontinuité du travail, c’est avoir plusieurs patrons. C’est être souvent son propre employeur. C’est alterner périodes de travail et périodes chômées. C’est aussi une forme de servitude : être à la merci d’un coup de téléphone ; assujetti à des cooptations ; jeté et remplacé au pied levé ; c’est être mobile et répondre parfois à la demande, fut-elle dégueulasse. C’est devoir se loger dans le désir de l’autre afin de mériter son rôle. C’est servir et alimenter l’industrie culturelle (…). 10 ans après on en est au même endroit de lutte (…). Aujourd’hui, 1er juillet, en ce jour d’application de l’accord UNEDIC du 22 mars, qui précarise davantage nos professions et nos vies aussi différentes soient-elles, nous, membres de l’assemblée des intermittents précaires de Marseille, sommes heureux de vous accueillir en terre de lutte.»

C’est dans le Kunst-historische Muséum de Vienne que la soirée  a continué, avec Das grosse museum de Johannes Holzhausen… Une institution en dorures, dômes polychromes vertigineux, volées lyriques d’escaliers habillés de velours, fleuron rouge et or d’une République héritière du patrimoine impérial des Habsbourg. Tout musée est un monde à part. Dans l’histoire et hors de l’histoire. On y entre dans une dimension spatio-temporelle autre. Surtout, quand désertés par les théories de visiteurs, les espaces résonnent à vide. Nicolas Philibert dans son Grand Louvre pénétrait le musée parisien de nuit, le réalisateur filme ici le musée autrichien pendant sa rénovation de 2012 à 2013, du premier coup de hache défonçant le parquet à l’inauguration officielle. Huis clos pour les acteurs de ce grand vaisseau-amiral où les activités n’ont pas cessé. Épousseter, gratter, décoller, déplacer les toiles, les protéger, les accrocher, installer, mettre en scène, se pencher, ausculter : les mains gantées de latex s’affairent, effleurent respectueusement les objets dans des gestes experts qui sont aussi d’amour. Le réalisateur, formé à l’histoire des arts, montre cette vie plus que les œuvres elles-mêmes, y incluant le burlesque : un employé en trottinette parcourant les longs couloirs du palais pour arriver à… une photocopieuse, ou trois têtes au ras d’une table, comme coupées, lorgnant de concert le dessous d’une royale couronne, ou encore une femme entre les cuisses d’une statue dépoussiérant les attributs masculins de l’antique. Élégance surannée de telle conservatrice devisant avec son homologue britannique devant la salière de Cellini mais aussi réunion de travail sur la politique marketing de l’établissement, les problèmes de budgets, d’image, de concurrence car le temps et l’argent rattrapent le rêve intemporel de beauté célébré par le long travelling sur des bustes couchés dans leurs boîte-berceaux, puis sur l’alignement des têtes gréco-romaines dans la pénombre de la réserve. Le filme se clôt sur la Tour de Babel de Brueghel entre construction et destruction, inachevée par essence, escaladée lentement par la caméra, image pour le cinéaste du travail collectif des hommes bien plus que de leur vanité.

ELISE PADOVANI
Juillet 2014

Le FIDMarseille se poursuit jusqu’au 7 juillet

Photo : Das grosse museum de Johannes Holzhausen © Navigator Film production

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