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Vu par Zibeline

"Heimska, La Stupidité" d'Eiríkur Örn Norddahl : une satire cruelle et crue aux éditions Métailié

Porosité / Morosité / Sabotage

Le jeune auteur islandais Eiríkur Örn Norddahl nous avait ébloui il y a un an avec son roman coup de poing Illska, Le Mal ; son nouvel opus tout récemment paru, Heimska, La stupidité nous déconcerte et même davantage.

Chapitre I : Le tueur de bonnes femmes, Vite, mais pas trop. Chapitre X : Trop tard. 94 paragraphes de une à deux pages en moyenne pour raconter systématiquement donc, dépecer, décortiquer, (an)atomiser, passer à la moulinette ou grossir à la loupe des événements micro – ça baise, ça baise, ça baise – ou macro – pfuittt, plus d’électricité et c’est la catastrophe. Il faut dire que nous sommes on ne sait quand, mais bientôt, voire maintenant, comme dans un futur proche, et d’ailleurs les moments se bousculent, se brouillent dans une narration sans foi ni loi qui revient en arrière puis bondit sans prévenir, tout cela plus ou moins théorisé au chapitre XV. Unité de lieu toutefois : Isafjördur la capitale du nord de l’île, qui multiplie par la propagation des images – caméras de surVeillance (sic), webcams ou simplement Instagram – les turpitudes de chacun. Au pays du soleil de minuit rien n’échappe à personne et inversement. Lenita et Aki , couple d’écrivains récemment séparés, comme deux facettes d’un même personnage (chacun a écrit un roman qui s’intitule Ahmed) se déchirent en miroir et pratiquent méthodiquement le porn revenge. Des terroristes intellos décident d’arrêter la machine infernale et de résister au panoptisme suggéré dans le titre à la Michel Foucault, l’état de stupidité résultant de l’ouverture absolue au monde extérieur. On pense bien à Julien Coupat et à l’affaire de Tarnac, mais le foisonnement des personnages affublés de pseudos nous a déjà perdu. Ça se termine mal, très mal, mais ça n’avait pas bien commencé non plus. La satire est sans doute trop explicite mais son originalité réside dans sa cruauté, sa crudité même, que la précise traduction « au plus près » d’Eric Boury rend présente et palpable. Et ça c’est vraiment terrifique et malaisant !

MARIE-JOSÉ DHO
janvier 2017

Heimska, La Stupidité Eiríkur Örn Norddahl
Éditions Métailié, 17 €