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Vu par Zibeline

Seed, installation éphémère de l’architecte japonais Ryo Abe à la calanque de Port-Miou

Points de fuite dans les Calanques

• 19 septembre 2018⇒15 novembre 2018 •
Seed, installation éphémère de l’architecte japonais Ryo Abe à la calanque de Port-Miou - Zibeline

L’architecte japonais Ryo Abe « ouvre » la calanque de Port-Miou avec son installation éphémère Seed, porte d’accueil de ce vaste site naturel

C’est un intrigant monolithe concave et miroitant qui interpelle désormais le promeneur dès son entrée dans la calanque de Port-Miou, à l’orée de la commune de Cassis. Prisme aux multiples facettes, visant à produire interrogation, échanges et convivialité, Seed est l’œuvre du Japonais Ryo Abe. Considérant « l’architecture comme un langage », l’artiste a travaillé en lien étroit avec l’entreprise La Serrurerie et l’École nationale supérieure d’architecture de Marseille Luminy pour mener à bien ce premier geste, semé telle une graine appelée à se ramifier. Il s’inscrit dans le Programme Les Calanques lancé par la Fondation Camargo, somptueux lieu de résidence pour artistes et chercheurs lové dans un écrin de verdure sur le littoral cassidain.

Entamé il y a trois ans en partenariat avec le Parc national des calanques et l’Institut Pythéas, le Programme travaille sur le lien Homme Nature, en conviant artistes et chercheurs, pour faire acte de sensibilisation et de partage des connaissances autour du dernier-né des Parcs nationaux de France, à ce jour seul parc national périurbain d’Europe, intégrant une face terrestre et marine. Invités durant cinq semaines en janvier dernier, huit artistes internationaux ont ainsi travaillé sur diverses composantes du Parc, chacun accompagné de spécialistes locaux.

Parmi les thématiques abordées : l’univers des méduses, par la Française Shanta Rao ; la relation émotionnelle entre hommes et plantes, par la Canadienne Lisa Hirmer ; l’exploration des frontières du Parc, réelles ou symboliques, par le Français Franck Gérard ; un insolite alphabet de pierres, composé à partir des ressources caillouteuses par l’Irlandaise Katie Holten ; une archéologie contemporaine du Parc, par le Brésilien João Modé ; ou encore la communication entre végétaux, via des photos infrarouges de paysages, par le Français Julien Clauss. Un numéro spécial de la revue hebdomadaire Semaine -intitulé Les Calanques : territoire de sciences, source d’inspiration, comme l’exposition éponyme présentée au FRAC en mars et avril dernier- rend compte des expériences menées, à partir d’enjeux fondateurs posés par le paysagiste Gilles Clément*.

Deux artistes poursuivent leurs travaux sur le littoral. Après Seed, visible jusqu’au 15 novembre à l’entrée de Port-Miou, Ryo Abe sera de retour à Marseille et Cassis en février 2019, pour imaginer la suite de son projet Approches : l’instauration d’un ruban symbolique, sinuant à travers les paysages contrastés de la calanque pour y ménager des points de rencontre, de contemplation et d’apprentissage, comme autant d’espaces de laboratoire. Une autre manière d’arpenter les paysages, de mettre en relief et en perspective leurs points de fuite, d’imaginer de nouveaux usages tout en protégeant la biodiversité unique du site, pour y inventer un « jardin d’expériences de nature ». Allant jusqu’à tutoyer les cieux en explorant la « fente de timidité » des arbres -ce délicat et poétique espace ménagé par les arbres entre eux, dégageant une frêle respiration à leur cime-, Ryo Abe explore le versant terrestre des calanques.

Le photographe Nicolas Floc’h se penche quant à lui sur leur face cachée : actuellement en cours de développement, son projet Invisible s’attelle à un panorama photographique des zones sous-marines littorales du Parc dans leur intégralité -du Frioul à La Ciotat-, dressant un panel de leurs variétés animales et végétales. À portée tant artistique que scientifique, ces ressources patiemment amassées constitueront une œuvre plastique comme un précieux fond d’études.

Le Programme Les Calanques ouvre d’ores et déjà une brèche dans les relations entre corps de métier, pour inventer de concert de nouvelles modalités visant à valoriser et protéger ce patrimoine naturel commun. La municipalité de Cassis a aussi à cœur de poursuivre la réhabilitation de la calanque de Port-Miou, encore porteuse des stigmates des usages industriels passés, via la mise en valeur des vestiges de l’exploitation de la Pierre de Cassis, ou encore la restauration programmée du Château de Port-Miou.

JULIE BORDENAVE
Septembre 2018

* La revue est disponible en version papier (4 €) ou numérique (1,99 €) sur le site de la revue

Seed, de Ryo Abe, jusqu’au 15 novembre, à l’entrée de la calanque de Port-Miou, Marseille
Camargofoundation.org
Calanques-parcnational.fr
Pytheas.univ-amu.fr

Photo : SEED de Ryo Abe 2 © Ryo Abe