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La lumière la même, recueil de Joëlle Gardes

Poétique de la vie

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La lumière la même, recueil de Joëlle Gardes - Zibeline

Le dernier ouvrage de Joëlle Gardes, La lumière la même, a été édité deux mois après la perte brutale de cette grande dame des lettres (septembre 2017). De cet ultime recueil poétique sourd une subtile tristesse, où le temps s’observe, dans la déliquescence des corps, des mémoires… «  Comment imaginer que chaque jour use sans réparation le fil de la vie (…) Comment rien quand tout autrefois ? » La conscience aiguë de l’inéluctable accorde aux moindres notations familières le goût d’une indéfinissable nostalgie jusque dans les moments heureux. Que reste-t-il, sans doute seuls les mots que la poète se plaît à écrire à « l’encre violette » ? « Le souvenir tombe dans l’oubli / dans l’invention du rêve ». Le livre s’orchestre en quatre temps au titre générique Le temps d’une année. Autour d’un chapitre central La disparition, Avant et Après nous mènent à un Retour à l’enfance dont la dernière strophe résume les scansions. L’épilogue resserre la trame, répond à l’attente initiale, celle de la lettre que le facteur (à l’incipit de l’œuvre) devait lui envoyer lorsqu’il serait reparti sur son île natale. Mais il n’est plus de départ possible, -préscience de la fin, avec le temps qui « se rétrécit » ? Entre notations lapidaires et amples périodes, le quotidien se tisse, parfum des fleurs du jardin, baignades sous la falaise, saveurs, rires, rêves… un dialogue s’instaure avec la jeune fille que l’écrivain a été, confrontation des souvenirs, rues de Marseille (« ville impossible où la pureté le dispute à l’immonde ») arpentées, aimées, peuplées d’instants. L’enfance affleure, les goûters à la table de la cuisine sur laquelle se font aussi les devoirs… Il y a les révoltes, toujours vives, les indignations devant les cruautés d’une actualité terrifiante, l’envie de vivre le monde et la tristesse de « devoir fermer [les yeux] pour dormir ». Poème de conteuse, assorti de la précise sobriété d’un La Fontaine. La liberté se conquiert, par les mots, les actes, la fin des illusions de toutes sortes : « Dieu n’existe pas et il ne faudrait surtout pas l’inventer ». Au cœur de la mouvance perpétuelle du temps, cette exigence permet d’instaurer la permanence de l’être et de la lumière…

MARYVONNE COLOMBANI
Janvier 2019

La lumière la même Joëlle Gardes
collection Pierres écrites/Empreintes, éditions Petra, 18 €