L'ensemble Charla Banjara suit le trajet des musiques tziganes à Correns

Poésie vivanteVu par Zibeline

L'ensemble Charla Banjara suit le trajet des musiques tziganes à Correns - Zibeline

Le Chantier de Correns et son directeur artistique, Frank Tenaille, sont familiers des rencontres entre les peuples et leurs cultures. Combien signifiante est l’éclosion de l’ensemble Charla Banjara, « conversation gitane », à la fin de leur double résidence (Cité de la Musique de Marseille et Chantier de Correns). Le trajet des musiques tziganes depuis l’Inde jusqu’à l’Espagne en passant par le Moyen Orient, dessine le propos de cet ensemble atypique qui unit sur un même plateau Maria Robin, spécialiste des danses et chants populaires Kalbeliya des gitans du Rajasthan, La Fabia, formée au flamenco « jondo » (traditionnel) mais aussi à une approche contemporaine de la danse flamenca (entre autres), Shadi Fathi, (setâr, zarb, daf) virtuose soliste de musique persane, Jesus de la Manuela, cantaor gitan et Guillaume Hogan (contrebasse et guitare) au parcours éclectique et voyageur.

L’improvisation familière du jazz semble un écho des airs transmis par oralité, la technique du oud s’adapte à celle de la guitare, la contrebasse se marie avec les volutes du setâr… Les instruments frottent leurs échelles, l’occidentale en demi-tons, l’orientale en quarts de ton, tandis que le chant du cantaor redécouvre les quarts de ton de ses origines et s’accorde avec aisance à ceux de la chanteuse persane. Les floreos aux figures très travaillées des doigts dans la danse flamenca répondent à celles de la danse Kalbeliya, dont les sonnailles de pieds passent aux chevilles de la bailaora qui abandonne alors ses claquements de talons, les châles deviennent terres d’envol, les robes virent avec la vélocité de derviches tourneurs. Et la poésie, dernier lieu de liberté sous la dictature, livre ses métaphores. Shadi Fathi offre la musicalité des mots d’un poème du contemporain Ahmad Shamlou : « Non je n’ai jamais cru la nuit / Car / Au fond de son vestibule / J’espère trouver toujours / Une fenêtre (…) / Le mont naît des premières pierres / Et l’homme des premières douleurs / Il y avait en moi un prisonnier rebelle / Qui ne pouvait s’accommoder de ses chaînes / Je suis né de ton premier regard ». Poétique vivante du monde.

MARYVONNE COLOMBANI
Janvier 2020

Concert donné le 17 janvier à La Fraternelle, Correns

Photographie : Charla Banjara © Zoé Lemonnier
Site : zoephotographe.fr

Le Chantier
Centre de Création de Nouvelles Musiques Traditionnelles
Fort Gibron BP24
83570 Correns
04 94 59 56 49
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