Dins lei piadas dei gigants, sortie de résidence et week-end musical

Poésie fondatrice et voyageuseVu par Zibeline

• 21 février 2019⇒24 février 2019 •
 Dins lei piadas dei gigants, sortie de résidence et week-end musical  - Zibeline

Les week-ends musicaux (assortis d’une résidence) de l’Espace Culturel de Chaillol, compagnon de longue date de la Cie du Lamparo accordent un nouvel élan à la « flânerie planétaire polyphonique » de Dins lei piadas dei gigants, (Dans les traces des Géants) amorcée en 2013 au Chantier, dans les pas de Roland Pécout. Les mots du poète marcheur se voient enveloppés dans les polyphonies tissées par le compositeur Manu Théron (chant, tambour sur cadre, direction artistique), qu’il porte avec verve et intelligence avec Guillaume Maupin (chant), Damien Toumi (chant, tambour sur cadre), Thomas Georget (chant), et Geoffroy Dudouit (chant). Les compositions forgent mots et phrases musicales en un même métal où sensations, émotions et signification se coulent. Travail d’orfèvre qui sait mêler échos traditionnels et dissonances contemporaines, s’appuyer sur un socle de basse ou une base rythmique de jazz vocal, laisser une note finale en suspens, ou glisser une touche humoristique. À la poésie de Roland Pécout, fondatrice d’une modernité du provençal, répond celle de la beat génération avec Venitians sailors (Les marins vénitiens) d’Allen Ginsberg, le « poème patriotique » de Rimbaud, Démocratie (pour lequel le groupe offre un final en parodie d’un Delacroix !) ou la traduction par R. Pécout d’un poème de Hafiz Shirazi (XIVe siècle) qui aimait le voyage et le vin et fut beaucoup lu lors de la révolution en Iran… Tous les registres sont là, déclinés par les cinq chanteurs solistes qui apportent chacun une couleur particulière et se glissent avec une aisance confondante dans ces partitions acrobatiques où tout se joue au demi-ton. Les grands thèmes politiques d’aujourd’hui s’esquissent, tandis que l’on entend les « moissons de rires » des enfants, et que le poète « colle son oreille au ciel ». Mais se dessinent aussi, virtuoses, des tableaux de genre, comme celui de Ti ricordi quella sera ? (Te souviens-tu de cette soirée ?) de Pasolini, où tout un village du Frioul renaît, dans ses intonations, ses activités familières, la fête au cours de laquelle deux jeunes citadins découvrent la passion amoureuse en un phrasé ampoulé… Une pépite !

MARYVONNE COLOMBANI
Mars 2019

Concerts donnés du 21 au 24 février à Aspremont, Espinasses, Saint-Bonnet et Baratier dans le cadre des week-ends musicaux de l’Espace culturel de Chaillol

Photo: c Alexandre Chevillard