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Vu par Zibeline

Skinner adapté au Théâtre des Ateliers : humour noir et descente aux enfers

Plongée en enfer

• 4 juin 2015⇒13 juin 2015 •
Skinner adapté au Théâtre des Ateliers : humour noir et descente aux enfers - Zibeline

Reprendre Skinner, la pièce de Michel Deutsch, avec de jeunes comédiens semble une véritable gageure : épreuve à la fois du texte, du sens, du contexte. C’est avec brio que la Compagnie d’Entraînement du Théâtre des Ateliers, guidés avec inventivité par Alain Simon, porte, dans son intégralité, cette œuvre difficile dont l’écriture certes, formellement scénique, tient davantage d’une sombre nouvelle kafkaïenne. Michel Deutsch, artiste associé à la promotion de cette année a travaillé avec cette belle troupe durant trois jours en mars dernier. Skinner, le héros éponyme de la pièce créée en 2002 au Théâtre de la Colline à Paris, pénètre dans le monde glauque d’une aire de transit clandestine, hangars miteux où les migrants, réfugiés, écorchés des remuements du monde, viennent attendre la possibilité d’un départ pour un eldorado inaccessible auquel ils ne croient pas vraiment. Là, « l’organisation » règne, avec ses lois, ses trafics, ses turpitudes, ses rackets, son implacable logique. Les êtres abandonnent leur identité, et peu à peu se vident de leur passé, puis de leurs rêves. Ces ‘voyageurs de l’ombre’, Rachid, Nicamor, Yakov ou Mani, sont condamnés à attendre dans ce no man’s land un départ dont ils ne connaissent pas le jour. Le temps s’efface. On se livre aux trafics d’organes avariés, on débite les morts comme de la viande de boucherie. Triomphent ici des pages d’humour noir à vous faire frémir ! Tout ce qui pourrait rattacher à l’humanité se gomme, effroyablement. Tragédie contemporaine où il n’y a que des perdants. Le personnage central, ici superbement joué à deux voix, qui pouvait être perçu comme le grain de sable qui enraie la machine, est finalement broyé. L’amour, aussi puissant soit-il, comme celui de Skinner pour Leila, ne sera pas salvateur. Même l’innocence se voit le « cou coupé » comme dans un poème d’Apollinaire ; le jeune Mani, qui rêve d’un départ par milliers qui ferait prendre en compte leur infinie misère et abolirait l’exploitation des passeurs (« quels propos visionnaires ! » souligne Alain Simon), est sacrifié. On ne sort pas indemne de cette pièce qui fait exploser les cadres, et nous renvoie à une bouleversante actualité. La Compagnie d’Entraînement joue avec justesse cette longue descente aux enfers.

MARYVONNE COLOMBANI
Juin 2015

Vu le 4 juin au Théâtre des Ateliers, Aix-en-Provence (la pièce y a été jouée 8 huit fois par la Compagnie d’Entraînement)

Photographie © théâtre des Ateliers

 


Théâtre des Ateliers
29 Place Miollis
13100 Aix-en-Provence
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