Vu par Zibeline

Dans l'incertitude de son avenir, le CDC Les Hivernales danse avec Avignon

Plongée en danse

• 10 juillet 2015⇒20 juillet 2015 •
Dans l'incertitude de son avenir, le CDC Les Hivernales danse avec Avignon - Zibeline

 

Sept propositions dansées de qualité se déclinent aux Hivernales depuis le 10 juillet, alors même que le CDC ne sait à quelle sauce il va être mangé…

Pour résumer une affaire immobilière qui évolue de jour en jour, et dont on espère une heureuse issue, l’équipe du CDC vit depuis fin juin une course poursuite pour ne pas laisser son outil de travail partir à la vente, l’actuel propriétaire étant en passe de signer un compromis. Pour conserver le lieu, ce à quoi tiennent fortement l’équipe et les habitués, la seule solution envisageable en l’absence de financement possible par les tutelles, serait de l’acquérir en urgence et sans le sou ! Si la ville d’Avignon, le Grand Avignon et la Région se portent caution à hauteur de 50% de la somme à emprunter (1,2 millions d’euros), reste encore à trouver l’appui du Département et de l’Etat pour le reste du financement, obtenir le prêt bancaire, et faire bouillir la marmite…. Une situation alarmante vécue par un acteur important de la vie culturelle avignonnaise, depuis 40 ans, qui se retrouve contraint d’acheter ses locaux, et de s’endetter, ou de se délocaliser !

Alterité, douceur et 3D

Parce qu’elle pourrait résumer à elle seule la raison d’être d’une telle institution en laissant la parole à l’altérité et en soutenant le rôle essentiel de l’artiste, l’une des propositions à retenir avec force et certitude est celle de Bouziane Bouteldja, Réversible. Fragile comme son sujet, le viol qu’il a subi et le contexte religieux dont il s’est affranchi, le solo bouleversant du Franco-Algérien est d’une vérité rare, d’une grâce et d’une intelligence libératrices. Sur le fil et dans une tension constante, en inventant son propre mouvement hip hop contemporain, le danseur transforme son histoire, sa douleur, et sa honte, en un affranchissement sublimé, récupérant contre vents et tabous son corps morcelé et son regard d’enfant, à l’innocence perdue mais puissamment présent. Un message de tolérance identitaire, que cet ancien croyant sorti par choix de l’islam délivre avec grande habilité.

Si elle ne fait pas de miracles, la création du Système Castafiore est prodigieuse d’invention, notamment esthétique ! Dans leur Théorie des prodiges, Marcia Barcellos et Karl Biscuit mettent en trombe leur imaginaire foisonnant à partir de la découverte d’un manuscrit du XVIe qui répertorie miracles et prodiges survenus aux époques anciennes, superstitions, démons et merveilles à l’appui. Dans un dispositif scénique numérique particulièrement réussi, vidéo, danse en apesanteur et bestiaire costumé de Christian Burle offrent une pièce conceptuelle, quelque peu impénétrable, en trois dimensions artisanales… À l’instar du projet Das Kino d’Isida Micani, pour lequel il faut chausser des lunettes 3D afin de rentrer dans l’univers onirique d’une princesse (et d’un prince, en alternance) de conte, et qui nous laisse coincés derrière le 4e mur virtuel d’une danse allégorique qui en perd ses repères.

Le matin, après le très délicat Cortex de la Cie belge 3637, accueillie en partenariat avec le Théâtre des Doms, qui transcende dès le plus jeune âge en une vision douce et poétique les souvenirs d’enfance, Balkis Moutashar interroge ses pratiques dans Les Portes pareilles. La chorégraphe, formée au contemporain et au music-hall, endosse plumes et paillettes pour tenter d’inventer, en duo, un cabaret d’un nouveau genre. Intéressant sur la forme, hybride, le fond manque d’une dernière plume de dramaturgie pour que la confrontation ne nous abandonne pas à la porte de ces deux interprètes, néanmoins passionnantes.

Et pour finir, plus léger qu’une plume, un petit bijou de grâce à l’état pur : Lowland de la Catalane Roser Lopez Espinosa, dans lequel un couple s’inspire de la migration des oiseaux pour s’envoler, tourbillonnants et inventifs, dans une gestuelle de douceur, comme cette toupie artisanale qu’ils viennent tourner pour souffler quelques battement d’ailes projetés en fond de scène. D’une sublime poésie, ce pas-de-deux hors du nid tendre et parfaitement accordé raconte aussi l’émancipation et l’amour.

DELPHINE MICHELANGELI
Juillet 2015

L’été danse au CDC #4 se joue pendant le festival d’Avignon jusqu’au 20 juillet (relâche le 15).

Photo : Réversible, Bouziane Bouteldja © Delphine Michelangeli

 

 


Les Hivernales
18 rue Guillaume Puy
84000 Avignon
09 63 53 58 55
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