Critique: Court et poignant récit d’Alexandre Seurat : Un funambule
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Court et poignant récit d’Alexandre Seurat : Un funambule

Plongé dans le vide

Court et poignant récit d’Alexandre Seurat : Un funambule - Zibeline

Alexandre Seurat, discret professeur de Lettres à l’IUT d’Angers, est l’auteur de deux romans bouleversants parus ces deux dernières années, deux romans qui traitaient chacun de problèmes délicats et laissaient surgir l’émotion du lecteur : enfance maltraitée, spoliation des biens des familles juives durant l’Occupation. Des lectures qui vous scotchent sur votre fauteuil. Cette fois il offre un très court récit qui vous plonge dans le malaise. Un funambule, roman du silence, du non-dit, de l’incapacité de s’expliquer, d’un délabrement progressif. Le personnage central n’est jamais nommé par son prénom, il est dissimulé sous un « il » anonyme qui marque un début d’anéantissement, de dilution. Le début du récit le montre nageant dans la mer démontée et glaciale dans laquelle il voudrait s’engloutir, puis dans cette maison de vacances familiale où il est censé écrire à l’écart de tout. Son père lui a envoyé un billet de train pour qu’il rejoigne la famille pour la fête des mères. Il va se tromper de train et perdre le bouquet qu’il voulait offrir à sa mère. Trop absorbé par les voix confuses qu’il ne cesse d’entendre à travers un vacarme touffu qui l’angoisse, par des souvenirs de l’enfance ou de son amour perdu. Seurat excelle dans les descriptions de ces états du corps et de l’âme, ces sensations furtives entre souvenirs et réalité qu’il matérialise par de brefs passages écrits au présent et décalés dans la page, soulignant l’instabilité et le mal-être de son personnage. En conflit latent avec sa mère, incapable de communiquer avec sa famille, celui-ci étouffe dans sa solitude, les mots se coincent dans sa gorge, il ne sait que faire de son corps empêtré. Il sent le vide autour de lui, celui du funambule sur son fil. Vertige.

CHRIS BOURGUE
Janvier 2018

Un funambule Alexandre Seurat
Éditions du Rouergue, la brune, 12 €