Vu par Zibeline

La famille du Roman Noir s’agrandit toujours plus au FIRN de Frontignan

Pleins feux sur le Noir

• 22 juin 2016⇒26 juin 2016 •
La famille du Roman Noir s’agrandit toujours plus au FIRN de Frontignan - Zibeline

Plus qu’un style, un « genre littéraire », le Noir ici se revendique comme une famille.

Au Festival International du Roman Noir de Frontignan (FIRN), une cinquantaine de personnalités (auteurs émergents, reconnus, spécialistes…) et leurs lecteurs se retrouvent chaque année, depuis 19 ans, pour célébrer et raffermir une identité.

Pascal Dessaint, dont l’œuvre est aujourd’hui multi récompensée, raconte, lors d’un K/FE/KRIM, le long chemin qu’il a dû parcourir avant de découvrir qu’il avait sa place au sein de cette famille. Sortant de la sienne, peu soutenu et mal compris dans sa vocation d’écrivain, il ne savait pas que le roman noir existait. Il voulait aborder des sujets présents et sensibles, sans détours, usant d’une syntaxe qui fuit les adjectifs et les participes passés. Faire de la littérature, en somme. Après dix ans de doutes, de revers et d’obstination, dix ans surtout d’un besoin de s’exprimer qui le maintient au-dessus de toutes les galères, Dessaint ose aborder Daniel Pennac lors d’une rencontre dans une librairie toulousaine. L’auteur star lui demande tout simplement de lui résumer en quatre phrases le manuscrit qui vient d’essuyer son 54e refus de parution. « Mais c’est du roman noir ! » Découverte ; soudain le monde s’ouvre ; Dessaint a trouvé ses pairs ; il sait à quelle famille il appartient. « La confiance, enfin, s’est installée. »

Tout en haut du donjon médiéval de la petite ville héraultaise, Jean-Marc Erre et Michel Douard tiennent chacun le livre de l’autre. C’est le principe des Lectures Bang Bang Ping Pong : les auteurs lisent des passages choisis dans l’ouvrage de leur pair. La dizaine d’auditeurs, installés dans des chaises longues, dans la pénombre de la tour, assiste à un moment privilégié : un échange entre deux écrivains, lecteurs attentifs et bienveillants. Les livres se répondent, ils évoquent tous les deux un monde à venir (nous sommes en 2042 et en 2048), et, mieux vaut en rire qu’en pleurer, l’avenir n’est pas rose, dans l’univers du noir ! Il est grinçant et inquiétant, mais tellement drôle aussi, qu’on se sent presque prêt à déjà l’affronter.

Mort de rire, c’est le thème de l’édition de cette année. À travers les livres, mais aussi le cinéma (trois séances gratuites sur la plage), un concert-lecture où Virginie Despentes a lu le Requiem des innocents de Calaferte, l’habillage des murs de Frontignan par l’illustrateur sud-américain Alderete, la famille du Noir se soude et s’agrandit toujours plus au FIRN.

ANNA ZISMAN
Juillet 2016

Le Festival International du Roman Noir a eu lieu du 22 au 26 juin à Frontignan

photo : J-M Erre (Le Grand n’importe quoi, Buchet-Chastel), 2016 et M Douard (Micron noir, La Manufacture de livres, 2015) © Anna Zisman