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Vu par Zibeline

L'exposition "Bêtes de scène" jusqu’au 3 novembre à L’Isle-sur-la-Sorgue

Plastique animale

• 2 juillet 2019⇒3 novembre 2019 •
L'exposition

Les animaux occupent la Villa Datris jusqu’en novembre, et ils ont beaucoup de choses à nous dire.

Danièle Kapel-Marcovici est une gourmande. Du type de ceux qui ne profitent que s’ils partagent. Présidente d’une entreprise qu’elle a su développer jusqu’à la rendre leader sur le marché de l’emballage, elle s’attache à y appliquer les principes qui régissent une grande partie de sa vie : engagement en faveur des femmes dans le monde entier (fondation d’entreprise qui promeut leurs droits, santé, formation, culture), et création d’une collection qui réunit de très nombreuses œuvres d’art contemporain, installées dans les locaux de la fabrique. En 2011, elle inaugure, avec son compagnon architecte Tristan Fourtine, la Villa Datris. À L’Isle-sur-la-Sorgue, c’est une nouvelle aventure qui commence, où chaque année, ce centre d’art privé propose gratuitement de grandes et foisonnantes expositions de sculptures contemporaines.

On entre dans le bâtiment comme si on était accueilli chez des particuliers. L’aménagement intérieur a gardé son caractère domestique (les lavabos dans la spacieuse salle de bain, scénographie naturelle pour les œuvres qui y sont exposées, les petits escaliers en colimaçon sur les 4 niveaux de la demeure, les cheminées,…) et le jardin qui l’entoure est tout simplement une merveille, regorgeant de sculptures (25, cette année) astucieusement disséminées, comme des surprises à découvrir au détour d’un buisson. Avec un budget totalement assumé par la fondation Datris (entre 800 et 1 million d’euros chaque année, hors les acquisitions faites par le centre), le postulat de départ –démocratiser l’accès à l’art contemporain, transmettre- est fortement affirmé, et les 45 000 visiteurs de l’an dernier confirment que ce type de mécénat, généreux et désintéressé, est pertinent. 

Miroir révélateur

2019 sera l’année des Bêtes de scène, 120 œuvres réalisées par les 85 artistes exposés. La thématique est parlante, on y entre par plusieurs chapitres déclinant les différents rapports entretenus avec nos alter egos terriens, palette de sentiments qui traduisent les tiraillements toujours plus criants qui nous hantent, nous, humains. On les aime, on les craint, on y rêve, on y lit notre propre disparition annoncée, on s’y mire, on les accompagne. La variété des travaux exposés est à l’image de la richesse de tout ce qu’évoque la nature animale aujourd’hui. Les noms des artistes sont pour beaucoup prestigieux (Johan Creten, Annette Messager, Jean Tinguely, Xavier Veilhan,…), et les commissaires (Kapel-Marcovici, assistée de Stéphane Baumet) ont su mettre tout le monde sur le même plan : les plus connus avec ceux à découvrir, les animaux et les hommes, les créatures et les vivants. On circule d’une pièce à l’autre, on se laisse rapidement contaminer par ces langages qui nous invitent à réévaluer notre position d’humain. Échelles et valeurs sont interchangeables. On est soudain tout petit sous le plafond de Chauves-souris (faïence émaillée, 2012) de Serena Carone. L’Accident de chasse (Pascal Bernier, 2018) nous renvoie cruellement la balle avec ce renard taxidermisé, oreille et pattes bandées, regard triste. Le temps coule presque à l’envers sur le Paysage rupestre (2017) projeté sur une lauze par Samuel Rousseau, bestiaire vidéo, troublant de vie, hommage aux artistes de Lascaux. La nature morte de Mark Dion (Water fawl, water foul, 2019), quatre oiseaux des marais (des leurres de chasse, entièrement recouverts de goudron) est étrangement belle, dans sa hiératique immobilité. Les fourmis géantes de Nicolas Eres (Fourmilière R50VD, 2019), les Paresseux (Élodie Antoine, 2014) accrochés aux arbres, le Cheval de Robert Combas (2018), hybride coloré entre jouet et symbole de guerre nous guident sur un cheminement ludique (ou inquiétant), tandis que La Bête de Julien Allègre (2017, acier corten) rouillée, rugueuse et coupante, nous fait nous y plonger comme dans un miroir révélateur.

ANNA ZISMAN
Juillet 2019

Bêtes de scène
jusqu’au 3 novembre
Villa Datris, L’Isle-sur-la-Sorgue
04 90 95 23 70
fondationvilladatris.com