El Tercer Ojo clôt la Biac à Marseille, sans en être le clou

Piste sans étoileVu par Zibeline

El Tercer Ojo clôt la Biac à Marseille, sans en être le clou - Zibeline

C’était la dernière représentation de la Biac à Marseille, et l’on ne peut pas dire qu’elle en a été le clou. Pourtant l’émotion de Paulo Perelsztein était palpable à la perspective de retrouver un public -même composé seulement de professionnels- après un an d’interruption. Mais les contraintes sanitaires ont privé son solo d’un élément essentiel : l’interaction avec les spectateurs. La dimension participative impliquant trop de contact physique, ces passages ont été expurgés, alors qu’ils auraient pu dynamiser l’ensemble. La création de Viruta au Daki Ling, « histoire d’un clown argentin devenu SDF », est donc tombée à plat, d’autant que le spectacle, joué devant des adultes exclusivement, a été conçu pour être vu à partir de 5 ans…

La compagnie El Tercer Ojo ne manque pourtant pas de bonnes intuitions : la disposition circulaire de bancs de bois à trois rangs, la lumière tamisée, la sciure omniprésente créent une atmosphère doucement évocatrice des cirques d’antan. Le personnage pourrait être émouvant dans son désir de briller à nouveau, pour échapper à l’invisibilité de la précarité. Mais chacun de ses élans démonstratifs apparaît malheureusement comme vain, dans un enchaînement dénué de perspective : il sait tenir en équilibre sur la tête, lancer le couteau, jouer du trombone à coulisse… Cependant être agile à jongler de plusieurs chapeaux ne fait pas de lui l’artiste du siècle, et il aurait peut-être mieux valu creuser la veine tragi-comique qui fait souvent la grande valeur des clowns.

Reste intéressante sa mise en abyme par le biais d’un sosie miniature, doté d’un même costume et d’un petit nez rouge. L’idée est d’ailleurs amenée à être déclinée dans un projet de spectacle pour un seul spectateur, penché sur un minuscule chapiteau, avec un marionnettiste pour animer la piste. Parfois, le moins est l’ami du mieux.

GAËLLE CLOAREC
Février 2021

La première de Viruta a eu lieu le 13 février au Daki Ling, Marseille, dans le cadre de la Biac 2021

Photo : Viruta (c) Camille Thomas