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Vu par Zibeline

Théo Mercier, un plasticien au théâtre avec "La fille du collectionneur"

Pièce de collection

Théo Mercier, un plasticien au théâtre avec

Théo Mercier, artiste plasticien, élabore un travail autour de l’objet : il les assemble, bouscule les contextes, leur invente une (autre) histoire ; il procède à des greffes, il les anthropomorphise. Les objets sont ses compagnons, inspirateurs, matière à récit, il les emballe et les nous les rend intelligibles. Depuis quelques années (magnifique Radio Vinci Park, présenté l’an dernier à hTh), il s’affranchit des genres, invite son univers à s’épanouir au spectacle vivant. La fille du collectionneur est un hybride entre les deux langages. Les objets (d’art) y sont rois, les humains sont réifiés, la vie passe des uns aux autres, le souvenir s’ancre au creux d’un fauteuil, dans un tiroir, les corps se rigidifient, et se révoltent pour exister au-delà de la tyrannie de l’exposition. De la filiation, surtout, car il s’agit bien ici d’héritage, matériel et familial, celui d’un père qui semble lui s’être totalement perdu dans sa propre collection, au point d’en oublier sa fille, d’oublier de lui envoyer les cartes postales qu’il lui adressait, retrouvées dans son bureau. Il a depuis disparu (s’est-il suicidé, comme ses écrits le suggèrent ? s’est-il seulement échappé de l’étouffante charge paternelle ?) et sa fille ploie sous la charge de la collection. On assiste à un pantomime de vente aux enchères, où elle (excellente Marlène Saldana) se transforme en table Art nouveau, en chandelier, en divan, tandis que la voix, parfaite de détachement classieux, de Jonathan Drillet (qui a écrit les textes avec Marlène Saldana) égraine les formes, les styles, les époques. Et subrepticement, la vie s’invite, sort littéralement du cadre. Dans la description du tableau Danse sous l’empire de la peur (Paul Klee), il est question d’un personnage qui voudrait s’échapper, qui se cogne contre le bord. Alors la narration s’impose : le père absent-écrasant, sa fille annihilée par la matérialité des souvenirs, la folie qui rode parmi les fantômes. Le décor (Théo Mercier et Arthur Hoffner) se dévoile peu à peu, monumental, abri pour l’inconscient collectif. Et François Chaignaud, véritablement subjuguant, ressuscite la complexité de l’absent.

Si les murs ont des oreilles, les objets recèlent bien nos histoires les plus intimes.

ANNA ZISMAN
Mars 2018

La fille du collectionneur a été joué les 10 et 11 mars à hTh, domaine de Grammont, Montpellier

Photo : La fille du collectionneur c Martin Argyroglo


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