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Vu par Zibeline

À Avignon, le Musée Angladon accueille une exposition sur Picasso

Picasso noir sur blanc

• 2 juillet 2019⇒22 septembre 2019 •
À Avignon, le Musée Angladon accueille une exposition sur Picasso - Zibeline

Le musée Angladon accueille l’exposition du musée suisse Jenisch, conçue grâce à deux dépôts exceptionnels des collections des Fondations Coninx et Planque.

Picasso à échelle humaine. Le maître espagnol à portée de regard, sans rien ni personne entre son trait et notre œil. Au troisième étage du musée avignonnais, la rencontre est possible, parmi la très intéressante sélection opérée par Florian Rodari et Lauren Paz, qui présentent une mise en perspective synthétique -et pourtant d’une merveilleuse richesse- des lignes et obsessions récurrentes de l’artiste aux techniques multiples. Trois chapitres, sonnant comme un vers aux inspirantes assonances (L’Arène, L’Atelier, L’Alcôve), dessinent un parcours en 91 estampes, plein de surprises dévoilées à travers les approches toujours renouvelées, encore surprenantes, d’un Picasso qu’on suit sur plus de soixante ans de création. La syntaxe de la gravure, (eaux fortes, lithographies) limitée au noir et au blanc -portes d’entrée vers l’infini des nuances- semble représenter pour le peintre des périodes bleue et rose la possibilité d’un langage en marge de sa peinture. Face à face avec le dessin, la répétition d’un motif, l’invention d’une estompe, la précision d’une portion hachurée, on entend peu à peu comme un méta discours, délivré depuis une intimité qui se cherche dans le trait. Un récit se trame, depuis sa première série de gravures (Les Saltimbanques, 1904-1905), la Suite Vollard (années 30), jusqu’à sa sulfureuse Suite des 347 (1968). Une sorte d’autobiographie à peine déguisée d’un génie : le peintre en minotaure, le peintre en voyeur, le peintre en peintre, avec sa palette d’où surgit son pouce, tel un organe turgescent, le peintre en pleines bacchanales, le peintre en acrobate… Un sous texte, une vision d’entre les lignes, qui nous arrive directement depuis le geste, le trait, de celui qui jamais n’a cessé de chercher, qui toujours était habitée par un sentiment d’urgence, boulimique de formes et de matières. Picasso disait encore en 1973, année de sa disparition, après l’exécution de plus de 3000 gravures : « Personne ne sait combien il faut penser un trait. Rien n’est plus difficile qu’un trait ». Le dessin, et donc plus encore la ligne : ce fut l’affaire de sa vie. 

Le Faune dévoilant une femme (12 juin 1936, de la Suite Vollard) apparaît tel un condensé des trois axes choisis pour l’exposition Picasso, Lever de rideau. Le taureau, héros de l’arène, la toile, symbolisée ici par le drap que le faune soulève, la chambre, baignée de lumière qu’on devine méridionale. Les détails de la toison animale de l’homme, timidement émerveillé par la femme qu’il observe (qu’il étudie), contrastent avec la simplicité du trait de la belle endormie. Le regard et le soleil pointent dans la même direction, triangle enserrant les seins, le ventre et les cuisses de l’icône féminine. La concentration douce et grave qui émane de cette scène, la magie qui filtre dans les ombres et sous les paupières fermées, la sensualité qui se dégage en toute simplicité apparaissent tels un cliché radiographique, aussi lucide qu’inconscient, de la manière d’être au monde de son créateur.

ANNA ZISMAN
Juillet 2019

Picasso. Lever de rideau
jusqu’au 22 septembre
Musée Angladon, Avignon
04 90 82 29 03
angladon.com

Légende :
Faune dévoilant une femme, de la Suite Vollard, 12 juin 1936
Aquatinte sur vergé, 342 x 447 mm
Musée Jenisch Vevey, Fondation Werner Coninx © Succession Picasso / 2018, ProLitteris, Zurich


Musée Angladon
5 rue du Laboureur
84000 Avignon
04 90 82 29 03
http://angladon.com/