Un génie sans piédestal. Picasso et les arts et traditions populaires, jusqu’au 29 août au MuCEM

Picasso au MuCEM, le parti pris du dialogueVu par Zibeline

• 27 avril 2016⇒29 août 2016 •
Un génie sans piédestal. Picasso et les arts et traditions populaires, jusqu’au 29 août au MuCEM - Zibeline

Le MuCEM explore les sources d’inspiration de Picasso ancrées dans ses souvenirs et ses racines, nourries de ses rencontres, réinventées à l’aune de ses propres expériences et recherches. Une vie de création sans cesse en mouvement comme en témoigne l’exposition Un génie sans piédestal. Picasso et les arts et traditions populaires qui fait dialoguer œuvres et objets

En 2013 à Aubagne, l’exposition Picasso céramiste et la Méditerranée développait déjà l’idée que les modèles anciens étaient des référents constitutifs du travail de Picasso. La proposition du MuCEM élargit le champ de cette réflexion en choisissant deux caps : la récurrence des thèmes liés à son Espagne natale dans l’ensemble de son œuvre, et ses incursions personnelles dans la connaissance du bois, de l’orfèvrerie, de la linogravure, du cinéma, du textile, de la tôle découpée et, bien sûr, de la céramique. Délibérément pédagogique, le parcours conçu par le scénographe marseillais Jacques Sbriglio suit une courbe linéaire comme une arène où l’on découvre successivement les espaces mis en scène autour d’un objet, d’une thématique ou d’une technique. Chacun étant agrémenté de documentations photographiques ou vidéo qui lui confèrent un supplément de vie.

Après l’introduction en forme d’oratoire pour accueillir des ex-votos, place aux coiffes populaires de son enfance dont il s’est inspiré dans ses toiles cubistes, aux instruments de musique à la fois objets identitaires et évocations sexuelles (corps féminin idéalisé dans la représentation de la guitare), aux thèmes du cirque et des saltimbanques dont il se revendiquait, de la corrida qu’il illustra dès 8 ans dans le tableau El Picador, de la colombe ou encore des jouets à travers une série de papiers découpés. Les sections dédiées aux techniques mettent en lumière les relations nouées par Picasso avec les artisans qui furent ses « maîtres » et ses initiateurs, comme une forme d’hommage à ceux qui, souvent, restent dans l’ombre des ateliers… Outre le plaisir toujours renouvelé de côtoyer l’art de Picasso, l’exposition montre à quel point l’outil devient une œuvre d’art sacralisée par sa formalisation.

Un face à face disproportionné

Pour Émilie Girard, Conservateur du patrimoine, responsable du Centre de conservation et de ressources du MuCEM, révéler les influences qui ont irrigué l’œuvre de Picasso est l’occasion de proposer une relecture des collections. D’où la présence dans le parcours « d’objets-références » mis en regard avec les œuvres pour créer un dialogue pertinent. Sauf que leur nombre est clairsemé et qu’ils se mêlent à d’autres objets issus de collections privées et de musées nationaux. Émilie Girard s’en explique, défendant son choix de « ne pas jouer la surabondance pour éviter la course à l’échalote » et préférant « parsemer ses choix pour faire une sorte d’appel. L’idée n’étant pas de faire jeu d’égal à égal car il est impossible de concurrencer Picasso ». Le MuCEM privilégie donc « les petits éclairages sur des points particuliers pour donner un aperçu des typologies » tout en s’inscrivant « dans une dynamique de relecture de ses collections ». Mais voilà, seulement 17 pièces figurent parmi les 200 œuvres de l’exposition ! Ce faible pourcentage pose question, mais le MuCEM assume son parti pris : « l’exposition a pour objectif de dépoussiérer l’idée de l’objet traditionnel qui colle aux arts et traditions populaires ». C’est désormais chose faite. Espérons que les musées de Marseille se donnent les moyens financiers d’accueillir le maître catalan dans ses murs, précisément au musée Cantini consacré à la période dite moderne du vingtième siècle.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Mai 2016

Retrouvez l’entretien avec Joséphine Matamoros, co-commissaire de l’exposition, sur notre webradio Zibeline.

Un génie sans piédestal. Picasso et les arts et traditions populaires
jusqu’au 29 août
À noter :
Temps fort de clôture les 26, 27, 28 et 29 août avec quatre soirées pour visiter l’exposition en nocturne jusqu’à 22heures.
MuCEM, Marseille

À Lire :
Un génie sans piédestal. Picasso et les arts et traditions populaires
Co-édition MuCEM / Gallimard, 290 pages, 35 €

Illustrations : Pablo Picasso, Portrait de toréador, 3 octobre 1947. Plat rectangulaire en terre cuite blanche moulée. Décor gravé, modelé, piqueté et peint aux oxydes marron, jaune, vert et bleu sous couverte. 38 x 32 x 4 cm. Collection particulière / Photo © Maurice Aeschimann © Succession Picasso 2016
Et : Pablo Picasso, Le matador, Mougins, 4 octobre 1970. Huile sur toile, 145,5 x 114 cm / MP 223, 13690 Musée Picasso-Paris / Photo © RMN-Grand Palais (musée Picasso de Paris) / Jean-Gilles Berizzi © Succession Picasso 2016

10.-

 

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