Ravel à La Roque d'Anthéron, pas toujours en place

Piano inspiré et phalange boiteuse

Ravel à La Roque d'Anthéron, pas toujours en place - Zibeline

Vincent Larderet fait sonner Ravel comme personne. Son piano est un orchestre, aux timbres multiples, aux couleurs infinies, tendres et rugueuses, claires et sombres, évanescentes ou appuyées. Sa façon d’entrer dans le rythme des phrases, pleinement dedans ou avec d’insoupçonnables retards, fait jazzer le Concerto en sol et briller le Concerto pour la main gauche, et donne à chaque mouvement un trajet narratif, des moments dramatiques, des idées… Malheureusement le Sinfonia Varsovia ne fut pas ce soir-là à la hauteur du soliste, et de la musique si chatoyante du compositeur français. La formation fétiche de René Martin, dont on connait par ailleurs la qualité sous la baguette de Penderecki, se révéla décevante. Les motifs populaires, parfois forains, le ragtime inspiré par le voyage aux Etats Unis du concerto en sol, la bataille qu’il faut livrer avec les déferlements du piano dans le concerto pour la main gauche, cela fut rendu avec l’énergie et la musicalité nécessaire et juste, mais avec les décalages symptomatiques d’une formation qui n’a pas suffisamment répété. Fatigue du voyage, distribution B, manque de coordination avec les musiciens français appelés en renfort (et quant à eux en place aux percussions) ? On ne sait, mais les vents partaient en avance, parfois à côté, et les cors couinaient…

Particulièrement à découvert dans le concerto en sol, avec un instrument par pupitre, ils semblaient aussi disparaître aux yeux du chef, perdus sous la conque, sans visibilité. Robert Trevino, à la direction enthousiaste, était plus préoccupé de suivre les nuances des cordes que les phrases du hautbois… Cela se vérifia également dans La Valse, qu’il joua par cœur, mais où la mécanique qui se dérègle et s’essouffle avec tant d’humour manquait cruellement de précision. Le bis fut le Beau Danube bleu, histoire de « reconstruire les murs de la valse que Ravel avait fait s’effondrer ». Hélas encore les décalages et couinements dans cette partition pourtant facile furent au rendez-vous !

On retrouvera avec bonheur Vincent Larderet dans Ravel grâce au très beau CD Orchestral et Virtuoso Piano, et dans les deux Concertos avec l’orchestre symphonique Ose (dir Daniel Kawka) à paraître fin 2015 chez ARS production.

AGNES FRESCHEL
Août 2015

Ce concert a eu lieu à la Roque d’Anthéron le 2 août

Photo : C. Grémiot


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