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Vu par Zibeline

Les 46es Rencontres de la photographie s'exposent à Arles jusqu'au 20 septembre

Photos à thèmes

• 6 juillet 2015⇒20 septembre 2015 •
Les 46es Rencontres de la photographie s'exposent à Arles jusqu'au 20 septembre - Zibeline

À Arles, de la photographie festivalière, on ne peut pas tout voir, ni tout retenir… mais on y revient !

Sans être renversantes, à l’inverse de la communication affichée, ces 46es Rencontres bénéficient d’un repositionnement vers des relations apaisées entre les acteurs arlésiens à la faveur de son nouveau directeur, Sam Stourdzé. Ainsi pas de révolution dans une capitale dirigée par un maire communiste. Tout pour le bien du peuple, sauf les tarifs.
La réduction du nombre de lieux et d’expositions n’a pas franchement entamé l’intérêt des Rencontres confortées et amplifiées par les manifestations partenaires, le Off et la myriade de projets non officiels. Cette édition 2015 s’est recomposée autour de sept grandes thématiques au lieu d’une seule auparavant. Une manière de multiplier et cibler les champs de questionnement. Walker Evans et Stephen Shore au chapitre émouvant de la grande histoire sont en mode Relecture. Architecture, cinéma et musique appellent des Résonnances –gageons que les arts plastiques pourtant fortement imbriqués avec la photographie relèvent pour cette fois-ci d’un oubli passager-. Improbable et donc alléchant, le duo Martin Parr/Mathieu Chédid ne tient pas ses folles promesses dans un dispositif à vivre qui reste sympathique. En affichant leur part de contestation des grands pouvoirs économiques en place, les tirages impeccables de Paolo Woods et Gabriele Galmberti paraissent trop beaux dans leur Paradis grand format. Plus introspective, Pauline Fargue élabore un univers intime entre écriture et photographie, recueilli notamment dans des livres-objets. À l’église Sainte-Anne, l’alchimiste des images, Daisuke Yokota fusionne encre et cire chaude comme pour dissoudre le photographique dans une vision charbonneuse.

Édition
On notera particulièrement cette année teintée de changements tout en continuité, la part croissante accordée au livre, média privilégié pour l’expression et la diffusion de la photographie, et, par ailleurs, le nombre d’expositions ayant de plus en plus souvent recours à des collections ou archives. En témoigne la thématique Arles Books, par l’accroissement des espaces et les prix en faveur du livre dont le tout nouveau Luma Rencontres Dummy Book Arward qui récompense la meilleure maquette à hauteur de 25 000 euros. Préoccupations partagées, mais de leur côté à la Bourse du Travail, par six éditeurs invités de Regards et Mémoires regroupés sous la bannière militante Summertime.

Collections
Avec le programme associé et le Off, une bonne douzaine de projets au moins mettent en avant les richesses de collections et d’archives publiques ou privées. D’évidence, ces expositions convoquant des fonds particuliers, favorisent la découverte de l’histoire ou un axe singulier de la photographie. Des séries composées souvent autour d’un sujet quasi obsessionnel : un ours blanc, des adeptes du blackface (collection Jean-Marie Donat) ou le sphinx de Giseh sous toutes ses représentations depuis Gustave Le Gray (collection Wouter Deruyetter). Total Records à l’Atelier des forges est une exploration pleine d’enseignement sur les enjeux de la photographie dédiée -ou soumise- aux communicationnel des pochettes de disque vinyles. C’est en tant qu’artiste que Tony Oursler structure depuis des années son œuvre autour de la figure grand-paternelle et les phénomènes surnaturels. La collection de la MEP (Maison Européenne de la Photographie) accompagnée d’un imposant catalogue retrace la création photographique internationale depuis les années 1959. Au musée Réattu, Oser la photographie puise avec plus de deux cents clichés dans un corpus de cinq mille images incluant notamment la collecte des Rencontres déposée depuis leur création par Lucien Clergue. Là aussi le catalogue constitue un précieux prolongement.

Installation-de-Mo-Yi,-Fondation-Manuel-Rivera-Ortiz,-Arles,-2015-©-C.Lorin_ZibelinePauvreté
Par le recours à la collection, ne peut-on voir aussi le signe d’une alternative à l’abaissement des moyens, car moins complexe et onéreuse à présenter que le financement de projets de création ? Il y aurait-il aussi une tendance vers une monstration pauvre comme il existe un «art pauvre», celui-là participant d’un choix esthétique et non d’une nécessité ? On a pu voir se développer le principe des tirages scotchés, épinglés ou collés directement sur les murs, dans des lieux de monstration autres que la rue. C’est cette forme d’expression qui a été choisie avec une certaine pertinence pour la sortie du dernier ouvrage d’Antoine d’Agata, Désordres, pour les Voies Off au Palais de Luppé (ancienne Fondation Van Gogh), ou pour un hôtel particulier défraîchi du centre ville investi par la Fondation Manuel Rivera-Ortiz avec notamment l’artiste chinois Mo Yi dans l’exposition collective Eyewitness. Au Cap, un nouveau lieu à découvrir, Field Effects, commissarié par Laura Morsch-Khin, entreprend les marges poreuses de la photo avec les autres pratiques artistiques peinture, graff, fanzine, image numérique… À l’Atelier du Midi, qui joue de mises en espace à chaque fois plus inventives, Graziano Arici propose une sélection de son impressionnante collection (près d’un million d’archives!). À ses commandes «people», on préfère ses recherches vraiment personnelles avec le polaroid à la limite de l’abstraction ou celles issues de son Smartphone, plus poétiques entre flou et obscur. De son côté, Serge Assier rend un dernier hommage à Lucien Clergue à qui cette 46e édition des Rencontres est dédiée mais sans y associer un événement particulier. La photo peut être bien pauvre parfois.

CLAUDE LORIN
Juillet 2015

46es Rencontres de la photographie, Arles
La semaine d’ouverture a eu lieu du 6 au 12 juillet
Expositions jusqu’au 20 septembre

www.rencontres-arles.com
www.luma-arles.org
www.regardsetmemoires.com
www.mrofoundation.org
www.field-effects.com

Photos : Antoine d’Agata, au Palais de Luppé pour la parution de Désordres, Arles, 2015 © C.Lorin/Zibeline
et Installation de Mo Yi, Fondation Manuel Rivera-Ortiz, Arles, 2015 © C.Lorin/Zibeline


Musée Réattu
10 rue du Grand Prieuré
13200 Arles
04 90 49 37 58
http://www.museereattu.arles.fr/

 


Voies Off
26 ter rue Raspail
13200 Arles
04 90 96 93 82
http://www.voies-off.com/