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White Dog, métaphore de l’endoctrinement par la compagnie Les Anges au Plafond

Peut-on désapprendre la haine ?

White Dog, métaphore de l’endoctrinement par la compagnie Les Anges au Plafond - Zibeline

Un jour de 1968, aux États-Unis où ils vivent, Romain Gary et Jean Seberg trouvent devant leur porte un chien abandonné, qu’ils adoptent. Mais Batka, ainsi nommé par l’auteur (petit père en russe) doux et affectueux avec ses maîtres, va révéler de terrifiantes démonstrations de rage et de haine envers les Noirs. Car Batka est un « chien blanc », élevé dans le sud ségrégationniste des États-Unis et dressé pour aider la police contre les Noirs. Ne voulant ni l’abattre, ni s’en séparer, le couple va se mettre en tête de rééduquer, déconditionner l’animal, le confiant à un dresseur de zoo noir…

Romain Gary inscrit l’histoire de ce chien, rendu raciste, dans une Amérique en proie aux émeutes de Watts, Baltimore et Chicago, suite à l’assassinat de Martin Luther King, et alors que la communauté noire lutte sans relâche pour la défense de ses droits civiques, appelant parfois à prendre les armes. Dans ce pays déchiré, Jean Seberg n’est pas qu’une icône hollywoodienne, elle est aussi une militante très engagée pour l’égalité des droits et un soutien indéfectible pour les Blacks Panthers.

Après R.A.G.E, qui racontait la vie de Romain Gary et de son double fictionnel Emile Ajar, la Cie Les Anges au Plafond poursuit l’exploration de son œuvre, éclairant de sa parole humaniste et désabusée la question du conditionnement de l’esprit humain. Dans un univers de papier -leur matériau de prédilection- trône un plateau tournant sur lequel les marionnettes et leurs manipulateurs (excellents Brice Berthoud et Tadié Tuéné) se font l’écho de ce monde explosif, entourés de figurines projetées en ombres menaçantes, et d’images d’archives qui remontent un temps pas si lointain ; dans un coin, Arnaud Biscay rythme l’action de sa batterie jazz et funk, fiévreuse ou tendre, donne de la voix aussi parfois (belle reprise de Strange Fruit). Au centre, le chien. Sublime marionnette qui provoque une empathie immédiate, parfaite métaphore de l’endoctrinement, de la pensée unique qui parvient à transformer les humains en bêtes haineuses et tueuses.

DOMINIQUE MARÇON
Novembre 2018

White Dog a été joué le 6 novembre au Théâtre de l’Olivier, à Istres, et le 9 novembre au Forum Jacques Prévert, à Carros.

Photo : White Dog -c- Vincent Muteau


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