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Vu par Zibeline

Récolte manosquine, lors des Correspondances

Petits échos manosquins…

Récolte manosquine, lors des Correspondances - Zibeline

La tiédeur du mois de septembre a permis rencontres savoureuses et déambulations radieuses dans les rues et sur les places de Manosque. Estelle-Sarah Bulle (Là où les chiens aboient par la queue), antillaise née en France, dit tout le plaisir qu’elle a à écrire le français mais souligne l’intérêt qu’elle a pour le créole, cette « langue fantôme » qui ressurgit en elle et dont elle invente parfois les mots ; Abnousse Shalani (Les exilés meurent aussi d’amour) affirme que c’est grâce à la langue française qu’elle a retrouvé le persan et sa culture. Dans un dialogue savoureux avec Aura Xilonen, très jeune auteure mexicaine venue présenter son premier roman (Gabacho), Miguel Bonnefoy, auteur franco-vénézuélien, évoque le problème de « l’impérialisme linguistique » ; en effet pour être reconnu dans le monde littéraire latino-américain il faut tout d’abord être adoubé par Madrid ; ce qui n’empêche pas Aura d’inventer des mots et d’en demander l’adaptation à sa traductrice française. Le dernier roman d’Olivier Adam (La tête sous l’eau) fait partie de la sélection du Prix littéraire des adolescents des Alpes-de-Haute-Provence ; Léa réapparaît après avoir été séquestrée et violée, son frère raconte les conséquences sur la cellule familiale et la difficulté de la reconstruction. La famille, l’adolescence et l’enfance sont aussi au cœur des préoccupations des trois romancières rassemblées par Yann Nicol : Emilie Frèche (Vivre ensemble), Cloé Korman (Midi), Ingrid Thobois (Miss Sarajevo), avec des enfants blessés mais aussi blessants, qui cherchent à se construire. Une enfant aussi est au centre du dernier roman d’Anne-Marie Garat (Le Grand Nord-Ouest) qui s’est lancée dans une fiction romanesque, aventureuse grâce aux puissances créatrices du langage.

Cependant la violence triviale de notre monde est présente avec les récits de Jérôme Ferrari (À son image) qui évoque la guerre de Libye et de Serbie, comme Ingrid Thobois, et pose comme elle le problème du reportage-photos et de la représentation du mal ; violence des attentats avec les textes de Fanny Taillandier (Par-delà les écrans) et des conflits religieux avec Bernardo Carvalho (Sympathie pour le démon) ; violence encore du viol subi par Pippa Bacca, artiste italienne sauvagement violée, puis étranglée qui voulait réconcilier les peuples en guerre dans le très beau récit de Nathalie Léger ; violences fuies par les quatre femmes de La folie Élisa de Gwenaëlle Aubry. Oui notre monde n’est pas un havre de paix. Les auteurs s’en font les échos et tentent de nous le rendre moins opaque. Témoins, acteurs et passeurs, ils savent aussi « ajuster » ce monde ou s’en moquer comme l’ont fait Dany Laferrière (Pays sans chapeau) et Alain Mabanckou (Les cigognes sont immortelles) qui ont mis le feu place de l’Hôtel de ville en plaisantant sur leurs carrières, leurs expériences, échangeant leurs points de vue sur le monde comme il va pour le plus grand plaisir du public.

CHRIS BOURGUE
Septembre 2018

Les Correspondances ont eu lieu du 26 au 30 septembre
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Photographie : Emilie Frêche, Cloé Korman, Yann Nicol et Ingrid Thobois © Chris Bourgue