Le dernier film de Céline Sciamma en compétition à la Berlinale

Petite mamanVu par Zibeline

Le dernier film de Céline Sciamma en compétition à la Berlinale - Zibeline

Une petite fille passe de chambre en chambre, saluant les vieilles dames de la maison de retraite où sa grand-mère vient de mourir. C’est Nelly, huit ans : elle rejoint sa mère, Marion (Nina Meurisse) dans une chambre vide et emporte la canne de l’aïeule, souvenir… Un des premiers objets magiques qui font traverser le temps, réveillant les fantômes. Voyage vers la maison d’enfance de Marion, aux meubles recouverts de draps blancs. On y retrouve les cahiers précieusement conservés, les vieux livres de la collection rouge et or, tous les objets familiers de l’enfance, qui tout à coup font resurgir le passé. Marion fait découvrir à sa fille sa chambre qu’elle n’aimait pas, la nuit, la panthère noire parfois au bout du lit – Cat people peut-être ? Après cette nuit avec les fantômes, Marion craque et s’en va, laissant le soin au père de Nelly de vider la maison et à la fillette poser des questions sans réponse. Meubles patinés, dans un placard des boites remplies de petits riens, un jeu de petits chevaux que la caméra de Claire Mathon caresse délicatement, avec tendresse, madeleines pour chacun sans doute. Et qui n’a le souvenir d’une cabane, refuge des chagrins, cachette des secrets ? C’est en partant dans la forêt retrouver celle de sa mère que Nelly va rencontrer une petite fille de son âge… Marion. « Je viens du chemin derrière toi ». C’est sa Petite Maman.

Ensemble, elles vont vivre des choses simples et fortes : faire des crêpes, se préparer un chocolat chaud, imaginer des jeux de rôle. Comment ne pas penser à Lewis Carroll ? « Elle partagerait tous leurs simples chagrins et prendrait plaisir à toutes leurs simples joies, en se rappelant sa propre enfance et les heureuses journées d’été ». Elles vont surtout se parler : « On n’a personne à qui les dire, les secrets ». Et enfin faire un dernier truc ensemble ; partir en barque, peut-être celle de Charon, sur un lac et pénétrer dans une pyramide – (celle de l’Axe Majeur à Cergy-Pontoise où a grandi la réalisatrice).

Le cinquième long-métrage de Céline Sciamma, Petite maman, en compétition à la 71e Berlinale, est un film bouleversant, filmé à hauteur d’enfant. « Tout le projet, c’était ça, de se dire qu’on filme à hauteur d’enfant, qu’on ne fait pas un film d’adulte sur l’enfance, nostalgique ou introspectif » disait la réalisatrice à propos de son film Tomboy. Et c’est bien de cela qu’il s’agit aussi ici. Enfant de 2021, des années 50, 70 ou 80. L’attention particulière apportée au décor, au papier peint, aux meubles, aux vêtements, la palette chromatique de la directrice de la photo, Claire Mathon, contribuent à cette impression qu’on voyage dans le temps, dans nos souvenirs. Joséphine Sanz qui joue Nelly, tout comme sa sœur jumelle, Gabrielle, qui interprète Marion enfant sont superbes de justesse.

Avec ce film délicat et original, sensible et remarquablement mis en scène, Céline Sciamma nous ramène vers notre propre enfance. Et chacun, sans doute de se demander : ai-je un jour rencontré ma petite maman ?

ANNIE GAVA
Mars 2021

Photo © Lilies Films

On a hâte de découvrir en salles Petite maman,  distribué par Pyramide (https://www.journalzibeline.fr/societe/grandeur-et-misere-de-la-distribution/)