Betty, magnifique roman de Tiffany McDaniel aux Éditions Gallmeister

Petite IndienneLu par Zibeline

Betty, magnifique roman de Tiffany McDaniel aux Éditions Gallmeister - Zibeline

Paru en septembre dernier, le deuxième roman de la jeune Tiffany McDaniel a déjà rencontré de nombreux lecteurs et reçu plusieurs prix. C’est justice : Betty est un grand roman américain. L’autrice dédie ce livre à Betty, sa mère, « une femme aussi saisissante qu’un rêve », et à toutes les femmes de sa famille qui « se sont dressées face à l’adversité pour affirmer leur propre pouvoir ». Un roman féministe donc, mais tout sauf sentencieux. Dès le prologue, l’autrice nous embarque dans la poésie et le mystère d’un ouvrage qu’elle voit comme « une danse, un chant, un éclat de lune ». Cinq parties, plus de sept cents pages, qui couvrent le XXème siècle, de 1909 aux années 70, et qu’on ne lâche pas, sauf parfois pour souffler un peu quand la tension se fait trop forte.

C’est donc l’histoire de sa famille que la jeune Betty raconte. Une famille particulière : la mère est blanche, le père cherokee. Un scandale dans l’Amérique rurale des sixties. Après pas mal d’années d’errance et de petits boulots, les Carpenter reviennent s’installer à Breathed, une bourgade du sud de l’Ohio, dans les contreforts des Appalaches. Pour Betty, qui tient de son père son teint mat et ses cheveux sombres, ce sera l’apprentissage du racisme ordinaire. Mais pas seulement. Et c’est là sans doute l’une des grandes forces de ce bouleversant récit : mêler subtilement les violences les plus intolérables -viols, deuils prématurés à répétitions, douloureux secrets de famille…- à des moments d’« amour incandescent », d’intenses complicités familiales, de rires et de légèreté aussi.

Ce don d’embellir l’ordinaire, de communier avec la nature, d’inventer des histoires, Betty l’a hérité de son père. Alors, Landon Carpenter, un « bouche-trou » social ? Un enchanteur plutôt, qui aide sa famille, et aussi tous les éclopés du voisinage, à supporter la dureté de l’existence en leur insufflant une bonne dose d’humour et de rêve. Une exception dans ce monde d’hommes violents. C’est aussi à cette figure masculine bienveillante que Betty, sa « Petite Indienne », rend hommage dans ce magnifique roman, excellemment traduit.

FRED ROBERT
Décembre 2020

Betty
Tiffany McDaniel
traduit de l’américain par François Happe
Éditions Gallmeister, 26, 40 €