La musique persane à l'honneur à l'Éolienne, à Marseille

Persépolis à MassiliaVu par Zibeline

La musique persane à l'honneur à l'Éolienne, à Marseille - Zibeline

À l’Éolienne, Shadi Fathi et Bijan Chemirani subliment la musique persane.

Le rendez-vous avait été une première fois manqué. Fermée pendant de long mois suite aux effondrements de la rue d’Aubagne, l’Éolienne avait dû annuler de nombreux concerts dont celui du duo formé par Shadi Fathi et Bijan Chemirani (lire p22 & 23). Leur album Delâshena, paru en 2018, s’était rapidement hissé jusqu’à la 20e place du classement international des cent meilleures sorties en musiques du monde et vu décerner le prix coup de cœur de l’Académie Charles Cros. Au fil des concerts, ce n’est plus tout à fait la même proposition un an et demi après. Mais la rencontre entre l’Iranienne de naissance et l’Iranien d’héritage, réunis sans l’avoir vraiment cherché, produit toujours la même sensation.

Dans ce dialogue entre instruments de musique classique persane, l’auditeur se laisse immédiatement emporter par une virtuosité délicate. Shadi Fathi au setâr et au shouranguiz, Bijan Chemirani au zarb et à l’udu rendent hommage à la poésie persane, un art qui a devancé celui de la composition au pays du grand Hafez et pour lequel les notes se mettent à disposition. Parfois d’ailleurs, les morceaux sont introduits par des vers de poètes contemporains, car si leur musique a des origines anciennes, leur approche est résolument actuelle jusque dans l’utilisation d’une boucle qui permet au percussionniste qu’est Bijan de démarrer certaines pièces au saz, luth à manche long. À son tour, Shadi laissera les cordes pour manier le daf, grand tambour sur cadre. Fusionnel dans ses envolées, le duo sait pour autant laisser libre cours à leur talent respectif de soliste. Dans l’échange ou à l’unisson gagne l’improvisation, consubstantielle à cette esthétique. Ils ne se disent pas dans la continuité des grands maîtres, mais y puisent avec grâce leur inspiration.

LUDOVIC TOMAS
Février 2020

Concert donné le 6 février à l’Éolienne, Marseille

Photo © Muriel Despiau