Belle adaptation des Pêcheurs de Perles par Vladik Polionov pour le Festival Durance Luberon

Perles de CeylanVu par Zibeline

Belle adaptation des Pêcheurs de Perles par Vladik Polionov pour le Festival Durance Luberon - Zibeline

Le Festival Durance Luberon a su se maintenir malgré les circonstances actuelles et propose une programmation complète et éclectique de belle qualité, au cœur de lieux dont le charme se conjugue avec celui des représentations.

Le théâtre de Verdure de Saint-Estève Janson accueillait en version de concert Les pêcheurs de perles de Bizet, devant une assistance comble. Quelques coussins orientaux aux couleurs chaudes, une statue de Brahma, des bambous en pot, et voilà le décor planté pour que débarque le pêcheur de perles Nadir qui retrouve sur la plage son ami de jeunesse Zurga, récemment élu chef du village. Tous deux avaient renoncé à leur amour pour la belle Leïla, prêtresse dont le chant protège les pêcheurs des cruelles fantaisies marines, afin de préserver leur amitié. Le pianiste Vladik Polionov, accompagne la version, qu’il a réduite à l’essentiel pour le festival, de cet opéra en trois actes. Les passages de « couleur locale » sont oubliés pour que tout soit concentré sur les enjeux de l’amitié et des vœux trahis par amour. Trois figures émergent et tiennent tout le spectacle, celle de Nadir (Rémy Poulakis, ténor), de Zurga (Florent Leroux Roche, baryton) et Leïla (Cecilia Arbel, soprano). Le début un peu « rouillé » par les mois de confinement se libère peu à peu, les voix prennent de l’ampleur et servent avec une jolie justesse et une certaine profondeur la partition délicate de Bizet. On retrouve les accents émouvants de la célèbre romance de Nadir, « Je crois entendre encore … », et l’on se plaît à l’écoute des superbes duos tour à tour entre Nadir, Zurga et Leïla. Les interprètes mènent l’intrigue avec une belle intelligence d’acteurs et campent leurs personnages avec une expressivité sensible qui habite leur chant. La magie opère, malgré les faiblesses des chœurs, sans doute en raison de leur nombre limité. Après les sevrages récents, on n’ose plus être difficiles… Le piano sonne comme un orchestre, superbement équilibré, vivant, bouleversant et emporte l’ensemble dans son interprétation passionnée.

Ouf ! Les amants Nadir et Leïla seront une fois de plus sauvés par Zurga qui dans cette adaptation ne meurt pas mais reste seul en proie à une douce et mélancolique désespérance.

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2020

Concert donné le 14 août au Théâtre du Vallon de l’Escale à Saint-Estève-Janson

Photographie © Bertrand Périsson