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Vu par Zibeline

Le magicien Nicolas Angelich aux côtés de Lio Kuokman à La Roque

Pépites romantiques

Le magicien Nicolas Angelich aux côtés de Lio Kuokman à La Roque - Zibeline

La veille, comme pour s’excuser de ne pas satisfaire à un ixième bis, le chef d’orchestre Lio Kuokman avait lancé « Merci, à demain ! ». Une salle comble l’attendait à la tête du Sinfonia Varsovia, aux côtés de Nicolas Angelich. La partie pianistique, contrairement aux autres concerts ne précédait pas les œuvres symphoniques, mais se trouvait enchâssée entre deux pièces pour orchestre. Le programme était ainsi conçu en un triptyque romantique. L’orchestre s’attachait d’abord à l’Ouverture de Genoveva, unique opéra de Schumann, qui s’inspire de la légende médiévale de Geneviève de Brabant. L’ombre, que soulignent dissonances et plaintes des violons, évoque l’emprisonnement et les pleurs de Genoveva (accusée à tort d’adultère par le traitre Golo). Un univers au lyrisme farouche nous est rendu, émaillé de brefs médaillons d’apaisement. (Rassurez-vous, Golo sera confondu et justice faite, tandis que Genoveva retrouvera son honneur et l’amour de son époux !)
Dernier volet du concert, Ein Sommernachtstraum (Le Songe d’une nuit d’été) de Mendelssohn, donné en extraits (ouverture et quatre mouvements (2-5-6-7) de la musique de scène), fut composé pour la comédie de Shakespeare. Toute la féerie se trouve résumée là, forêt enchantée, obscurité ambiguë, tourbillons, tandis que la fameuse Marche nuptiale clôt les extraits des pages ciselées de l’œuvre. En bis, l’orchestre en verve, s’emportait dans les délices rythmiques des Danses slaves (opus 46, n° 8 en sol mineur) de Dvořák. Transfiguré par la fine et énergique direction de Lio Kuokman, le Sinfonia Varsovia arrivait à une interprétation forte et convaincante.

L’intelligence et la subtilité du jeu de Nicolas Angelich s’accordaient en grâce avec le Concerto pour piano et orchestre n° 1 en mi mineur opus 11 de Chopin.  « Je ne cherche qu’à exprimer le cœur et l’âme de l’Homme » écrivait le compositeur. Le concerto n° 1 dépeint les sentiments d’arrachement  et de tristesse que ressentit l’artiste lors du départ de son pays natal, la Pologne, qu’il ne reverra plus. Nostalgie, épanchements lyriques, on se laisse porter par la fluidité du jeu, la délicatesse du toucher. Nicolas Angelich, avec la désinvolture d’un dandy romantique, sait conserver à la partition toute la fraîcheur de l’improvisation, laisse l’instrument parler, errer dans son évocation mélancolique. L’orchestre s’efface, présente les thèmes simplifiés qui seront développés en variations moirées sous les doigts déliés du pianiste. Poésie aérienne prolongée par les bis réclamés par un public subjugué, la Mazurka en fa mineur opus 63 n°2 de Chopin, et la Rêverie éthérée des Scènes d’enfants de Schumann.

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2018

Concert donné le 14 août, parc du Château de Florans, dans le cadre du Festival International de piano de La Roque d’Anthéron

Photographie : Angelich © Christophe GREMIOT