Raymond Depardon, Un moment si doux au MuCEM jusqu'au 2 mars

Penser en couleursVu par Zibeline

• 2 octobre 2014 •
Raymond Depardon, Un moment si doux au MuCEM jusqu'au 2 mars - Zibeline

Un moment si doux consacre l’œuvre photographique en couleur de Raymond Depardon

Présentée à Paris au Grand Palais en 2013, l’exposition fait escale au MuCEM enrichie de 40 clichés dont 23 réalisés cette année à Marseille. En deux volets et 137 photographies, le parcours sélectif et ouvert à la fois s’ouvre avec Les années déclic mêlant reportages et sujets plus personnels, des débuts à l’âge de seize ans (l’autoportrait au scooter), aux J.O. d’Albertville, la campagne présidentielle de Nixon de 1968, les réfugiés touaregs, le Chili un an avant Pinochet, Beyrouth (1978/1981), la série commandée par Stern sur Glasgow (1980) qui n’avait jamais été publiée, la plus sombre aussi.

Rouge

«Je chargeais mon appareil photo avec un film couleur, mais je ne pensais pas en couleurs.» Ce sera grâce à une commande de la DATAR sur le paysage en France dans les années quatre-vingt, que la couleur, présente pourtant dès ses débuts, devient évidente pour Raymond Depardon. Elle s’impose comme un médium à même de rendre compte de la vérité du moment. Exit le noir&blanc. Le photoreporter a désormais cédé la place à l’observateur bienveillant, poursuivant la longue lignée des photographes humanistes. Le second volet, Un moment si doux, emprunte son titre à un lot d’archives en couleurs ressorties récemment et à l’origine de l’exposition parisienne. De très beaux et grands formats, des carrés élégants constituent un ensemble plus récent et composite. Les images racontent des bribes d’histoires captées en différents pays, dont certaines scènes semblent se répondre d’une rive à l’autre à travers une attitude, une ombre, la lumière, et, à bien y regarder, la couleur rouge comme un fil involontaire dont l’origine remonterait au tracteur familial pour  ressurgir ailleurs, dans un instantané en Ethiopie, à Nice ou Marseille. Un beau livre (éditions Xavier Barral) évoque les rivages et les habitants du pourtour méditerranéen, mêlant cette fois clichés noir et blanc et couleur, pour rapprocher Alger, Naples ou Alexandrie et Marseille, ville «monde» de laquelle Raymond Depardon appareilla pour son premier reportage.

Marseille, qui apparaît captée en quelques jours loin des clichés touristiques mais aussi des photographies tragiques de ses misères : la pauvreté est là, le cosmopolitisme, mais transcendés par un sourire, une mère qui offre une glace à la fraise, une jeune femme qui retouche son maquillage dans le reflet d’un tabac, une autre portant voile avec son compagnon, face à la mer.

CLAUDE LORIN
Novembre 2014

Raymond Depardon, Un moment si doux
jusqu’au 2 mars

Ecouter l’interview de Raymond Depardon sur WebRadioZibeline ici.

Photo : Harar, Éthiopie, 2013 © Raymond Depardon – Magnum Photos

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