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Le dernier roman de Murakami, brillante épopée intérieure en deux tomes, aux éditions Belfond

Peindre l’idée

Le dernier roman de Murakami, brillante épopée intérieure en deux tomes, aux éditions Belfond - Zibeline

« Je veux que tu fasses mon portrait », dit l’homme sans visage au protagoniste du dernier roman de Murakami, brillante épopée intérieure en deux tomes, Le Meurtre du Commandeur. L’homme est peintre, épris de musique, le défi lancé au prologue trouve son écho dans le rappel des mots de Debussy, « Jour après jour, je persiste à créer du rien »…

Le narrateur, portraitiste à succès, vient d’être quitté par sa femme après six ans de mariage. Il nous entraîne dans son errance sans but au volant de sa Peugeot 205 rouge avant son installation dans la vieille maison perdue dans la montagne d’un immense peintre japonais, Tomohiko Amada, que lui loue son fils, un ami de longue date. Abandonnant l’art alimentaire du portrait, le personnage tente de renouer avec une peinture personnelle, mais ses débuts sont difficiles, seul le néant répond à ses attentes, sans que l’envie de peindre ne s’éteigne.

La découverte au grenier d’un tableau de Tomohiko Amada, Le Meurtre du Commandeur, va bouleverser son quotidien. Quel secret se dissimule dans cette œuvre qui évoque le Don Giovanni de Mozart mais aussi renferme sans doute des clés à propos de la vie du grand peintre ? Autre énigme, son lointain voisin, Wataru Menshiki dont le nom signifie « épargné par les couleurs », qui lui demande de réaliser son portrait.

Les détails les plus terre à terre, description des voitures, préparation des repas, jouxtent les considérations à propos du « nihonga » et de l’art occidental, de l’opéra, du processus de la création artistique… Rêve ou réel ? Les frontières s’estompent. Le surnaturel devient une source puissante de retour sur soi, d’analyse. Les tableaux portent en eux une énergie, une capacité de fascination qui pousse leurs admirateurs à se dépasser, à chercher de nouveaux aspects de vérité.

se laisse guider par l’auteur avec passion, dans les méandres les plus improbables de ce conte moderne fantastique où mythes de l’Occident et du Japon se mêlent en un syncrétisme qui détourne les codes, traverse tous les arts… « La réalité ne se limite pas à ce qui est visible ou pas », et l’art permet de le découvrir…

MARYVONNE COLOMBANI
Décembre 2018

Le Meurtre du Commandeur, volume 1 (Une Idée apparaît) et 2 (La Métaphore se déplace) Haruki Murakami, traduction Hélène Morita
Editions Belfond, 23.90 € le volume