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Vu par Zibeline

A Toulon, l’Hôtel des Arts est investi par l'artiste portugais Pedro Cabrita Reis jusqu'au 19 avril

Pedro Cabrita Reis habite à l’hôtel…

• 31 janvier 2015⇒19 avril 2015 •
A Toulon, l’Hôtel des Arts est investi par l'artiste portugais Pedro Cabrita Reis jusqu'au 19 avril - Zibeline

Du hall d’entrée aux vestibules des deux étages, de l’escalier monumental aux sept salles d’exposition, Pedro Cabrita Reis s’est approprié tous les espaces autorisés de l’Hôtel des Arts à Toulon. Comme si l’artiste portugais voulait marquer son territoire, lui qui fait de rares apparitions en France. Ce qui étonne dans sa relecture du lieu, en dépit de son «omniprésence», c’est la sensation de vide, de respiration et une certaine élégance «sans ostentation» comme le précise Jean-François Chougnet, commissaire de l’exposition et auteur du catalogue Les lieux fragmentés. Ce ne sont pourtant pas les matériaux de récupération dont il est friand -tuyaux en acier, tubes fluorescents, goudron, câbles électriques, bois, aluminium, planches- qui peuvent dégager une telle sensation, ni les formes à l’antithèse du baroque. Tout évoque les friches industrielles, les chantiers de construction et les lieux de stockage avec des objets au rebus et des matériaux pauvres, sans toutefois se réclamer de l’Arte Povera. Non, l’œuvre de Pedro Cabrita Reis tient de l’architecture minimaliste et de l’espace urbain, irradiés crûment, parfois, par «la mélancolie sordide du néon» : c’est dire si la chaleur ne provient pas du matériau mais du regard que l’on pose sur lui. Ici rien de chatoyant, d’exubérant, de «vivant» serait-on tenté d’écrire. Exceptée sa série The Sleep of Reason dont la moitié de la surface photographique est occultée par une couche d’acrylique orange quand l’autre révèle une nature amputée : parcelle d’eau, croupe animale, tronc. Les tons chauds n’appartiennent pas à son vocabulaire plastique ni la présence humaine. Seuls les objets manufacturés suggèrent le geste naissant, la main de l’homme, le travail.
Dans ce parcours accidenté composé d’œuvres qui questionnent le rapport du tableau au mur, le silence est de rigueur. Il y a des œuvres bavardes et d’autres muettes. Celles de Pedro Cabrita Reis appartiennent à cette dernière famille et converser avec elles est un exercice délicat. À l’Hôtel des arts devenu sa «maison», au risque de se sentir exclu de la table du maître, être son hôte requiert quelques aptitudes particulières : ressentir sa relation intime et indicible au lieu, éviter de lui coller l’étiquette d’artiste in situ, de parler d’installations, freiner toutes tentatives de référence au ready-made ou à Dada ou encore aux Nouveaux réalistes… Autant de mots et de filiations qu’il récuse ! Mieux vaut donc, en sonnant à sa porte, se munir du catalogue ou filer directement à l’espace ressources pour suivre en vidéo le montage de l’exposition, consulter une montagne d’ouvrages, lire attentivement sa biographie, l’approcher par le truchement des photos… L’heure en sa compagnie n’en sera que meilleure.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Mars 2015

À voir
Pedro Cabrita Reis
jusqu’au 19 avril
Hôtel des Arts, Toulon

À lire
Pedro Cabrita Reis, Les lieux fragmentés
Texte Jean-François Chougnet
Lienart éditions, 15 euros

Photo : © Pedro Cabrita Reis, The Unnamed World, 2005


Hôtel des Arts
Centre d’Art du Conseil Général du Var
236 boulevard Général Leclerc
83093 Toulon Cedex
04 94 91 69 18
http://www.hdatoulon.fr/