L'Ensemble Télémaque de retour au Festival de Toulon pour son premier concert post-confinement

Passions andalousesVu par Zibeline

L'Ensemble Télémaque de retour au Festival de Toulon pour son premier concert post-confinement - Zibeline

L’Ensemble Télémaque a fait son retour post-confinement au Festival de Toulon, dans la magnifique Tour Royale, le vendredi 7 août. C’est une émotion particulière qui entoure ces musiciens, collaborateurs de longue date, pour le programme de la Nuit Andalouse.

La soirée s’ouvre sur La oración del torero de Joaquin Turina. L’homogénéité des timbres des instrumentistes y est admirable, comme l’entente d’une famille qui se connaît par cœur. L’orchestration de Raoul Lay, également chef de l’ensemble, est d’une grande intelligence : elle conserve l’originel quatuor à cordes de Turina, en y ajoutant des doublures et ornements de l’harmonie, des percussions et du piano. On découvre ainsi une profondeur des textures, un espace en plus dans cette œuvre généreuse et riche de paysages hispaniques.

Cet arrangement se calque sur la formation de « l’Amour Sorcier » de Manuel de Falla, deuxième œuvre au programme. Si de légères dyssynchronies entre pupitres, dues à la dispersion du son en extérieur et, sans doute, à un manque de pratique collective durant le confinement, se laissent entendre, la direction redoutablement claire et sécurisante de Raoul Lay maintient le tout. Gérard Ocello à la trompette nous livre une introduction merveilleusement acide. Jean-Florent Gabriel au violoncelle, Blandine Bacqué au hautbois déploient chacun des soli douloureux et rêveurs, à l’image de cette gitanerie musicale fantastique. Marie Pons est une cantaora généreuse, dont la fraîcheur semble par endroits incompatible avec l’amplitude et le drame nécessaires à ce registre si particulier ; le rôle de chanteuse lyrique lui sied cependant à ravir : les mélodies sont belles, justes et placées.

Le concert se termine avec une réécriture de « Vuelvo al Sur » d’Astor Piazzolla, inspirée de la version classique de Roberto Goyeneche. Et quelle réécriture : la pièce se révèle par minuscules interventions des musiciens au-dessus du piano et de la cymbale, découpant le thème en courts motifs, comme des touches de peinture isolées composent un tableau. On est électrisés par les percussions, les soli intensément vibrés d’Anne Ménier au violon. Cette interprétation contemporaine n’en est pas moins très fidèle au genre du tango, et ne le rend que plus furieux, plus intense.

Si les voyages doivent aujourd’hui attendre, l’Ensemble Télémaque nous a fait explorer un peu du monde avec lui. Et rendu très heureux, comme eux, de revenir aux concerts.

JEREMIE LIPENDIL-HÄLLER
Août 2020

Photo © Séverine Baume