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Retour sur la première édition du festival Flamenco Azul

Passion flamenca

Retour sur la première édition du festival Flamenco Azul - Zibeline

Le talon de sa chaussure rompu, Patricia Guerrero continue de danser. L’image résume assez bien l’esprit de Flamenco Azul. C’est la première grosse soirée de ce nouveau festival qui se veut à la fois populaire, savant et solidaire. Il sera aussi passionné et joyeux. La salle du Grand plateau de la Friche Belle de Mai est pleine à craquer. Comme le seront toutes les autres. Tel un cheminement vers la plénitude, Proceso eterno, création spéciale pour le festival, offre un flamenco tellurique, aux racines profondes mais que Guerrero laisse s’aventurer vers des territoires contemporains. Au cante, Sergio El Colorao accompagne intensément le travail audacieux de la danseuse chorégraphe. Le guitariste Dani de Morón compte parmi les virtuoses de la jeune génération. Excellent de précision, Agustin Diaz Serra est à la percussion. Sans chercher à se ranger du côté de la transgression comme le fait parfaitement une Rocio Molina, cette autre Andalouse invente pourtant un style neuf, fait de ruptures et d’aspérités, avec ses battements sur le corps et ses mouvements déconstruits des bras. Une réappropriation des codes qui n’hésite pas non plus à renouer avec l’académisme, qu’il soit chorégraphique ou vestimentaire. Pour ne laisser planer aucun doute : Patricia Guerrero exprime l’essence du flamenco.

Rencontres inattendues

Avec Mémoire des gitans et flamencos d’Algérie, c’est un aspect méconnu de la tradition qui est mis en lumière. Celle des Gitans de la région d’Almeria, migrants économiques en Algérie colonisée au XIXe siècle, rentrés en France en 1962. Leurs descendants vivent à Martigues, Port-de-Bouc ou Arles où s’installe également la jeune chanteuse Meryem Koufi. La rencontre entre une des rares -l’unique ?- chanteuse flamenca d’origine algérienne et Paco Santiago et ses acolytes a donné naissance à ce spectacle où se succèdent solea, alegria, milonga, ranchera mexicaine et buleria. D’un côté le chant brut des anciens, évoquant l’aridité des sols andalous ou du Sahara. De l’autre, une voix pure et profonde aux légers accents orientaux. Autre rencontre inattendue, celle de danseurs et danseuses du Ballet national de Marseille et de jeunes adultes trisomiques de l’association T’Cap 21, évoluant autour des costumes sévillans conçus par José Galvañ, le temps de la performance Entre volantes. Quinze minutes de partage, de respect, de dignité, d’émotion et surtout d’humanité. Le partenariat entre le Centre Solea et Arts et musiques en Provence, respectivement organisateur et administrateur de l’événement a porté ses fruits. La ferveur du public pour le flamenco à Marseille, alimentée par l’héritage gitan entre Camargue et Étang de Berre, n’est plus à prouver.

De Marseille à Toulon

Ana Pérez n’est pas que la fille de Maria, directrice de Flamenco Azul, c’est une grande danseuse, reconnue par ses pairs andalous. Elle invite l’une d’elles, Pilar Ortega, pour l’unique tablao du festival, le 3 mai au centre Solea où la Marseillaise a donné ses premiers coups de talon. Le lendemain, le théâtre Toursky accueille une soirée en deux volets. L’occasion de découvrir ou de revoir Impulso, film documentaire passionnant d’Emilio Belmonte sur le processus de création de la danseuse chorégraphe Rocio Molina. Ensuite, le spectacle Andando por Solea réunit des danseuses et danseurs dont les prestations ont marqué l’histoire de la plus prestigieuse école de flamenco de Marseille : Carmen Ledesma, Gema Moneo, Pedro Córdoba et Hugo López. On retrouve ce dernier, artiste rare, le 5 mai, à l’Espace Comedia de Toulon, pour la soirée de clôture du festival, après la projection Flamenco Flamenco de Carlos Saura.

LUDOVIC TOMAS
Mai 2019

Patricia Guerrero s’est produite le 20 avril au Grand plateau de la Friche Belle de Mai, Marseille.
Mémoire des gitans et flamencos d’Algérie a été joué le 27 à la Cité de la musique, Marseille.
La performance Entre volantes a été donnée le 28 au Palais de la Bourse, Marseille.

Photo : Proceso Eterno, Patricia Guerrero c Juan Conca


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