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Vu par Zibeline

Au CAC d'Istres, les artistes de l'exposition Memento mori offrent une relecture du passé et de ses traces mémorielles

Passé, fiction

• 20 septembre 2014⇒20 décembre 2014 •
Au CAC d'Istres, les artistes de l'exposition Memento mori offrent une relecture du passé et de ses traces mémorielles - Zibeline

Le dernier chapitre de la vague des sentiments, programme initié dès l’année dernière par Catherine Soria, se tourne à présent vers le passé. Nostalgic Fiction entame sa saison 2014-2015 avec une injonction programmatique lourde de sens.

Cabinet de curiosités
Memento Mori «interroge la notion de mémoire et de comment se souvenir». Trois artistes, Clara Scherrer, Fanny Durand invitée par Harald Fernagu, opèrent chacun une relecture singulière du passé et de ses traces mémorielles.
Disons-le d’emblée, dans ce contexte, on se demande s’il était pertinent d’avoir remisé au placard les Kabuto (origamis minutieux inspirés par l’art de la guerre nippon) de Fanny Durand, sensés faire écho à la marée de navires de guerre factices d’Harald Fernagu. Celui-ci déploie un capharnaüm d’objets, anthropologie décalée et réinventée, tantôt design style Memphis/Sottsass, parfois kitsch, évoquant reliquaire, statuaire nègre, fétiches, objets rituels. Chaque élément se présente sur le mode de l’artefact, d’objets chimériques comme cette série de crânes hétéroclites, néo ethniques (référence aux objets sacrés boli du Mali), mais emprunts d’une force indicible, absente du bling-bling pour hyper milliardaire façon Damien Hirst. L’artiste, grand affabulateur, se plaît, en lisière du factice, à jouer du simulacre, procédé par lequel s’incarne cette «vérité qui cache le fait qu’il n’y en a aucune» selon la remarque de Jean Baudrillard. Même les piédestaux en placoplatre aux couleurs acidulées s’affichent comme bricolés. Les fétiches (à clous ?) noirs semblent en caoutchouc. Un autre monde est possible façon ethnographie de pacotille.
Un air de vérité
Procédant d’un autre univers, en contraste avec le précédant, Clara Scherrer a conçu spécialement pour l’événement un ensemble  d’installations scénographiées, mais bien tangibles. Grandir, Être et Vieillir, reconstituent, comme à l’identique, l’image qu’on pourrait se faire d’une chambre de jeune fille et d’un salon de grand-mère. La première, dans un design actuel, semble encore habitée (lit défait, jeux éparses, lumières, on entend des voix) alors que pour le second, au dernier étage, le temps paraît arrêté. Chaque objet -de récupération, choisi chez Emmaüs- se présente soigneusement, à sa place, tel qu’on imagine qu’il a dû ou devrait être, si ce ne sont un fauteuil et une commode (sus)pendus par une corde ! Clara Scherrer en appelle aux mythologies de l’enfance sachant que l’aube de la vieillesse attend chacun. Le visiteur retrouve ici de son propre vécu ou se confronte à l’image qu’il peut se faire des étapes de la vie. Dans l’hôtel particulier du XVIIIe, devenu pour un temps un petit palais des merveilles ou de chimères, la nostalgie interroge aussi nos représentations du futur.

CLAUDE LORIN
Octobre 2014

Memento mori
du 20 septembre au 20 décembre
Centre d’art contemporain intercommunal, Istres
04 42 55 17 10
www.ouestprovence.fr

photo : Grandir, Être, Vieillir, vue partielle, CAC Istres, 2014 © C. Lorin/Zibeline