Jacob Wren, Edith Azam, Liliane Giraudon, Nathalie Quintane et Annie Zadek ont révélé la Mouette en eux

Pas rieuse…Vu par Zibeline

Jacob Wren, Edith Azam, Liliane Giraudon, Nathalie Quintane et Annie Zadek ont révélé la Mouette en eux - Zibeline

Pas triste non plus, un brin joueuse, un brin boudeuse surtout cette Mouette à six plumes que l’on aura eu bien du mal à saisir peut-être parce qu’elle ne prend jamais son envol. Au départ, une idée piquante et fondée sur une connaissance fine de la pièce phare de Tchekhov : la liberté écrasante et fragile de l’artiste en est sans doute bien le sujet de fond et Hubert Colas en a proposé une réécriture à six auteurs contemporains, confiant à chacun l’un des quatre actes augmentés d’un prologue et d’un épilogue. Jacob Wren, Edith Azam, Liliane Giraudon, Nathalie Quintane, Annie Zadek ont su s’emparer de ce qui faisait « mouette » en eux, livrant par la même occasion un fragment de leur œuvre propre avec langue et thématiques personnelles à travers personnages et situations de la pièce d’origine, sans oublier Hamlet qui s’invite en figure permanente, signature absolue du metteur en scène et Angélica Liddell en deux temps bien repérables criant son refus de participer à une telle entreprise ! Beaucoup de monde donc au bord du lac à courir après ce qui fait sens aujourd’hui de ces « conversations sur la littérature » de ce « peu d’action » et de cette « tonne d’amour » (assumée par l’intelligente malice de Liliane Giraudon) selon les termes prosaïques de l’auteur russe ; pari ambitieux et écrasant sans doute autant pour les acteurs (qui fournissent un beau travail et pas seulement lorsqu’ils écossent les petits pois de Nathalie Quintane, même si l’habituelle aisance inquiète et goguenarde de Thierry Raynaud est un peu rognée en Trigorine), que pour les spectateurs souvent désorientés. La scénographie efficace -les fauteuils-club à roulettes et le rideau de perles-écran font socle et lien- n’empêche pas qu’une partie du spectacle file, échappe ou s’évapore dans l’hétérogénéité ; de beaux moments suspendent le temps et le sens comme ce dialogue troué de silence où les lèvres bougent pour « rien » ou cette échappée wagnérienne vers la planète Mélancholia ; d’autres le plombent dans un certain ressassement de formes -les affres de la représentation- ou une actualisation dérisoire des thèmes -salaire des instituteurs ou disparition des abeilles. Plus de trois heures trente de montagnes russes auxquelles un épilogue brillant (l’accent de Valère Habermann fait sonner les bites dorées d’Angélica Liddell) arrache de sincères applaudissements aux spectateurs qui n’ont pas lâché prise.

MARIE-JO DHO
Mai 2016

Une Mouette et autres cas d’espèces a été présentée au théâtre du Gymnase, Marseille, du 26 au 30 avril

Photo : Une mouette -c- Herve Bellamy

Théâtre du Gymnase
4 rue du Théâtre Français
13001 Marseille
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net/