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Rencontre et cinéma : Féminisme, femmes et printemps arabe par Sophie Bessis au MuCEM le 13 novembre

Pas de printemps pour les femmes

• 13 novembre 2013 •
Rencontre et cinéma : Féminisme, femmes et printemps arabe par Sophie Bessis au MuCEM le 13 novembre - Zibeline

Dans le cadre des Mercredis du genre, Sophie Bessis était invitée au MuCEM pour évoquer ce qu’elle a préféré intituler «les féminismes dans le monde arabe». Brosser un tableau détaillé de la situation actuelle des femmes et des mouvements féministes dans tout le monde arabe en moins d’une heure tenait de la gageure. L’historienne spécialisée dans l’économie politique du développement a cependant brillamment relevé le défi. En évitant les raccourcis et les généralisations hâtives, en s’autorisant même quelques détours par le passé et des digressions maîtrisées, elle a passionné le public, hélas fort clairsemé. Après avoir réaffirmé l’importance des mouvements qui ont eu lieu dans le monde arabe depuis deux ans, «une nouvelle séquence historique incontestablement», elle a insisté sur la contradiction fondamentale actuelle des sociétés de la rive sud : des désirs d’émancipation de plus en plus puissants y coexistent avec des menaces de régression de plus en plus lourdes. Les femmes ont été des actrices importantes des soulèvements ; puis sont arrivés au pouvoir, en Égypte et en Tunisie tout du moins, des partis islamistes qui visent à les «renvoyer à leurs casseroles». La question de la femme est visiblement au cœur de celle de la modernité dans le monde arabe. Sophie Bessis a d’ailleurs rappelé que des revendications protoféministes avaient vu le jour dès le début du XXe siècle en Égypte, Tunisie et Syrie et que toutes portaient déjà sur le lien entre politique et religion, la norme religieuse ayant toujours été utilisée pour renforcer l’inégalité hommes/femmes. Si pendant les années 60-70, c’est-à-dire juste après les indépendances, il y a eu peu de luttes spécifiques des femmes, celles-ci ont commencé à réclamer l’égalité des droits dès le milieu des années 70. Or parallèlement aux mouvements féministes, les mouvements islamistes politiques se sont eux aussi développés pendant cette période, en réaction à l’évolution évidente des femmes. Selon l’historienne, les printemps arabes arrivent dans ce contexte. Celui de «sociétés qui entrent collectivement dans un processus d’individuation du sujet», où les populations sont unanimes quant à la nécessité de se débarrasser des dictateurs, mais où il n’y a pas d’unanimité sur le projet sociétal. Les conflits actuels naissent des aspirations contradictoires entre désir de démocratisation et identification à une nouvelle norme. D’où l’existence aujourd’hui de deux grands types de mouvements féministes dans le monde arabe : l’un qui vise à la sécularisation de la société (à la laïcité), l’autre qui propose une lecture progressiste du Coran, plus favorable aux femmes. Le film qui suivait la conférence, Millefeuille du Tunisien Nouri Bouzid, malgré son caractère quelque peu caricatural, avait le mérite de montrer lui aussi les contradictions de la société tunisienne actuelle et le combat difficile qu’y mènent les jeunes femmes quotidiennement.

FRED ROBERT

Novembre 2013

Féminisme, femmes et printemps arabe et Millefeuille étaient proposés au MuCEM le 13 novembre dans le cadre de Féminin Masculin Questions de genres

Rencontres et cinéma tous les mercredis jusqu’au 18 décembre
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Photo : Sophie Bessis © X-D.R


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