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Vu par Zibeline

Kaori Ito invite son père à entrer dans la danse...

Pas de deux

Kaori Ito invite son père à entrer dans la danse... - Zibeline

Cette drôle d’expression un peu datée et un brin ambiguë convient sans aucun doute à celle qui se méfie des mots et pourtant en sature sur le mode questionnant l’espace sonore (Kaori Ito) et à celui qui d’abord intensément assis en bord de plateau dans un profond silence semble attendre le moment propice pour prendre son envol ; elle est jeune et fille de monsieur Hiroshi dont les traits émaciés et les cheveux blancs évoquent un âge moins tendre ; à l’autre bout la grande sculpture-totem, grand oiseau entravé de tissu élastique noir tendu dont le ventre s’ouvrira à la fin sur un empilement de chaises est l’oeuvre de ce père dont on saura qu’il a joué Ionesco dans sa jeunesse. Japon / France, danse classique et postures contorsionnées d’un Butô revisité, poupée empesée aux orteils mobiles puis liberté totale de la danse de salon, tango-cha-cha-quick-slow avec papa ; pas de grand écart, non, mais un pont entre deux cultures, entre deux générations que la chorégraphe lance pudiquement mais sans retenue, au risque de la maladresse tendre ou de l’engagement bancal- sushi / bouillabaisse dit-elle- comme les rafales de questions qui scandent le spectacle « Pourquoi tu t’habilles comme un yakuza ? Combien de temps tu vas vivre encore ? Pourquoi on construit des centrales nucléaires sur des terrains qui tremblent ? » Kaoro Ito égratigne gaillardement l’exquise délicatesse japonaise en éructant ou en criant ; Hiroshi Ito se dandine et joue à suivre à la lettre les injonctions autoritaires et joyeuses de sa fille ; et oui il danse comme Pina, Madonna ou Mickaël Jackson ; elle rit, il l’encourage dans sa dépense pure ; ils font les fous gravement et c’est un beau spectacle qui parle des liens à réinventer toujours, du temps qui passe, de la mort qui rôde. Quand éclatent les applaudissements, une main se lève au premier rang et fait signe avec insistance aux interprètes ; on se plaît à penser que c’est la mère ou son fantôme tout simplement !
MARIE JO DHO
Janvier 2017

Je danse parce que je me méfie des mots, vu au Théâtre Joliette-Minoterie le 10 janvier.


Klap
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