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Vu par Zibeline

Tragédie en trois actes et réflexion politique, Foxtrot de Samuel Maoz

Pas de danse

Tragédie en trois actes et réflexion politique, Foxtrot de Samuel Maoz - Zibeline

Qui a tué le soldat Yonatan Feldmann ? Ou plutôt quoi ? Un concours de circonstances ? La Parque goguenarde ? Une justice divine ? Une société qui arme des gosses ? Une culpabilité héréditaire ? Un placide dromadaire ? Ou un scénario qui ne laisse rien au hasard, où tous les détails comptent, et qui donne son sens propre à l’expression officielle du «  soldat tombé » pour la patrie ?

Foxtrot est une tragédie en trois actes, une réflexion politique et métaphorique sur une démocratie piégée dans une guerre interminable, une parabole sur la transmission des traumas familiaux et nationaux. Le film précédent de Samuel Maoz, Lebanon, se déroulait à l’intérieur d’un char, Foxtrot circonscrit également son sujet en huis clos. Le premier acte se déroule dans un appartement bourgeois, chic, gris, brun. Le deuxième sur une route en plein désert, à un check point tenu par quatre jeunes militaires. Ils dorment dans un container échoué près d’un marécage, et qui s’enlise peu à peu. Ce nulle part onirique, surréaliste, qui apparaît en travelling avant, au début et à la fin du film comme un cadre, est au cœur du triptyque. Le tragique s’y teinte d’absurde et donne quelques scènes d’anthologie dont la danse (macabre) du jeune homme avec son fusil pour partenaire. Le dernier acte ramène à l’appartement familial le limitant à la cuisine, quand enfin se libère la parole entre les parents. Toute la mise en scène traduit l’enfermement. Celui de la souffrance et des secrets du père qui s’est construit en bon architecte une carapace contre ses faiblesses et dont les excès de violence révèlent les failles. La caméra l’isole devant un tableau où se superposent des enchevêtrements de lignes, figuration d’un livre des destins ou construction mentale arachnéenne du protagoniste. Elle fragmente les corps en gros plans, mains, jambes, bottes créant des champs opératoires, s’attarde sur un insecte prisonnier d’un bocal. Les plongées verticales écrasent les personnages devenus des pions, sur des carreaux Escher, entre échiquier et labyrinthe. Ailleurs, elles les collent au sol ocre et boueux. Comme dans le pas de danse du foxtrot, on revient sans cesse au point de départ. Seules, les mains de Michael et Dafna Feldmann portant les stigmates de leurs blessures intimes, en se joignant dans la dernière séquence, peuvent encore donner l’espoir d’une paix personnelle. Multiprimé, ce film très intelligent a provoqué la colère de Miri Regev, Ministre de la Culture, une réaction particulièrement stupide. Car, si on est bien en Israël. S’il est bien question du poids de toutes les culpabilités, celle des survivants de la Shoah comme de leurs descendants qui voudraient bien tourner la page. Si les « procédures » de Tsahal sont bien ridiculisées. Si on évoque évidemment les humiliations des Palestiniens par des jeunes gens dépassés par la situation, ainsi que les dérapages qui peuvent en découler, le film dépasse largement le contexte géopolitique local pour tendre vers l’universel, et nous parler à tous de douleur, et d’amour.

ELISE PADOVANI
Mai 2018

Le film a été présenté en avant première au cinéma le César le 18 avril en présence d’un des producteurs : Marc Baschet

Sortie nationale : 25 avril

Photographie : Foxtrot ©POLA PANDORA – SPIRO FILMS – A.S.A.P. FILMS – KNM – ARTE FRANCE CINEMA


Cinéma Le César
4 Place Castellane
13006 Marseille
08 92 68 05 97
http://www.cinemetroart.com/