Le Festival de la Roque d’Anthéron continue d’explorer ses possibles chambristes

Partitions de pocheVu par Zibeline

Le Festival de la Roque d’Anthéron continue d’explorer ses possibles chambristes - Zibeline

De retour après une ouverture particulièrement épurée, le Festival de Piano de la Roque d’Anthéron semble avoir trouvé son rythme de croisière, scandé par des cigales plus présentes que jamais. Quitte à, sur des pages classiquissimes, ne pas toujours surprendre, tout en se révélant de bout en bout d’une belle cohérence. Sur le charmant Quatuor n°1 en sol mineur de Mozart, le violon d’Olivier Charlier, l’alto de Laurent Marfaing et le violoncelle de Marc Coppey entament un jeu de questions-réponses balisé avec le piano de la grande Anne Queffélec. Sautillante, un peu fraîche, la pièce commence véritablement à prendre au cours de son deuxième mouvement : une complicité s’installe, la tension se révèle plus tangible. Plus joyeux, plus lyrique également, le « Rondo » final conclut l’opus un peu plus solidement qu’il n’avait été entamé.

Les choses se corsent sur le Concerto n’°12 en la majeur, donné ici dans sa version pour soliste et quintette à cordes. La simple arrivée d’Anna Göckel au second violon et de Yann Dubost à la contrebasse suffit à faire entendre des lignes d’orchestre et à étoffer considérablement la texture. La transcription, effectuée par Mozart lui-même, se joue habilement des porosités entre l’effectif symphonique et celui des solistes : tant et si bien que, plus encore que sur le quatuor, les instrumentistes semblent ici jouer à armes égales. Le son velouté des cordes frottées tutoie l’éclatante transparence des cordes frappées. La broderie qui s’échange d’un instrument à l’autre, empruntée à J.C. Bach, esquisse des gémellités troublantes. La joliesse d’un thème simple, érigé sur une rosalie plus élémentaire encore, se mue en un instant en autre chose.

La transition semble alors toute amorcée pour le Concerto n°4 en sol majeur d’un Beethoven, arrangé ici pour piano et quintette par Lachner. Les à-coups dynamisent la pulsation, les péripéties s’enchaînent avec la même grâce : tout semble couler de source, jusqu’à ce solo de l’ «Andante con Moto» si mélancolique que Christoph Eschenbach lui prêta une portée orphique. La prière pour le retour de la disparue semble ici convoquer l’orchestre manquant, et mettre en avant malgré elle des lacunes que le reste du programme parvenait jusqu’alors à éluder.

De retour seule en scène, Anne Queféllec clôt la soirée sur le sublime Menuet en sol mineur de Haendel, compositeur « chéri, adoré de Beethoven » retranscrit pour piano par Wilhelm Kempff. En germe déjà, l’évidence et l’obstination thématiques beethovéniennes réduisent l’auditoire à un silence ému.

SUZANNE CANESSA
Août 2020

Concert donné le 2 août dans le cadre du Festival de la Roque d’Anthéron

Photographie : Anne Queffélec © Christophe Grémiot 2020