Le programme culturel des Rencontres d'Averroès, de très grande qualité pour cette 20° édition

Partager l’héritageVu par Zibeline

• 28 novembre 2013⇒1 décembre 2013 •
Le programme culturel des Rencontres d'Averroès, de très grande qualité pour cette 20° édition - Zibeline

Cette année, pour accéder aux Rencontres d’Averroès, il fallait traverser la Méditerranée, au sens propre : une carte grand format de Sabine Réthoré était déployée sur le sol devant l’Auditorium du parc Chanot. Méditerranée symboliquement sans frontières, laissant la place aux voies de circulation routières et fluviales, soulignant les ports. On a vu le public s’y arrêter, s’étonner de l’orientation renversée de la carte, montrer du doigt une destination, une étape connue. Si cette édition s’est avérée particulièrement chaleureuse, selon les termes de Thierry Fabre, le maître d’œuvre des Rencontres, nul doute que cette façon de relativiser les distances dès le seuil y aura contribué !

Autour des tables rondes, la programmation culturelle constituait un contrepoint parfait aux temps forts de ces quatre journées. On retiendra en particulier deux spectacles donnés au Palais des Arts le 29 novembre : Problème technique, une performance de Yalda Younés et Gaspard Delanoë, et la lecture de La maison, texte de Arzé Khodr, par les élèves de l’École régionale d’acteurs de Cannes.

La première œuvre, créée en 2011 dans le cadre de la Biennale de Lyon, met en scène une jeune conférencière s’exprimant avec douceur et intensité en arabe. Si elle semble dire des mots d’amour, son interprète à oreillettes livre une traduction affectée, compte-rendu bureaucratique d’une conférence européenne sur le développement. Le bilan économique des printemps arabes étant déplorable, il préconise des solutions pour construire un modèle rentable : l’usage de slogans plus positifs (type «Vive le fonds maghrébin de stabilisation financière !»), et le développement d’un concept de révolution à l’amiable, avec sortie en douceur des autocrates pour de longues vacances en Arabie Saoudite. Provoqué par l’humour caustique du texte, le plaisir anticipé éclate lorsqu’à la toute fin il s’avère qu’un problème technique nous a privés… du fameux monologue de Molly Bloom, extrait de l’Ulysse de James Joyce.

Le texte interprété par les étudiants de l’ERAC -au terme de 6 semaines de préparation sous la houlette de Nadia Vonderheyden– traite quant à lui du deuil et de l’héritage, situant à Beyrouth une histoire universelle. Deux sœurs qu’oppose une vision antagoniste de ce que chacun doit à la famille, un frère qui ne veut pas prendre parti, une maison qui les unit autant qu’elle les sépare : toute l’ambivalence des rapports affectifs était portée au paroxysme par ces jeunes acteurs déjà maîtres de leur art.

La programmation audiovisuelle était également de grande qualité, avec la projection de nombreux documentaires, très courus du public des Rencontres. Lequel n’a pas manqué non plus la présentation du projet MED-MEM, réalisé par l’Institut National de l’Audiovisuel. Près de 4000 documents d’archives (radio ou télévision), replacés dans leur contexte historique et culturel, sont mis à disposition sur le site www.medmem.eu. Pour prolonger l’expérience de penser la Méditerranée au XXIe siècle avec les Rencontres d’Averroès, il sera sans aucun doute utile de se plonger dans ces mémoires audiovisuelles, qui forment un patrimoine précieux, où l’on peut puiser aussi bien un dessin animé égyptien évoquant le temps des pyramides, qu’un reportage sur la visite de Che Guevara à Alger en 1963. Il est à noter que toutes les vidéos sont exportables, partageables aisément sur les réseaux sociaux, et que les notices explicatives sont disponibles en français, arabe et anglais… en attendant la traduction intégrale des documents.

GAËLLE CLOAREC
Décembre 2013

Photo : Méditerranée-sans-frontières,-oeuvre-de-Sabine-Réthoré-c-Gaelle-Cloarec

Lire aussi l’article de Zibeline sur le concert de Rachid Taha donné dans le cadre des Rencontres : https://www.journalzibeline.fr//critique/rachid-taha-tout-en-hommage/