Les parfums de l’intranquillité, regard aigu de femmes sur leur territoire à l'Hôtel des Arts de Toulon

Paroles de femmes

• 9 octobre 2015⇒25 septembre 2016 •
Les parfums de l’intranquillité,  regard aigu de femmes sur leur territoire à l'Hôtel des Arts de Toulon - Zibeline

Inspirée du livre de Fernando Pessoa, Les parfums de l’intranquillité est un voyage dans des contrées où le statut des femmes est archaïque, voire malmené. Statut dénoncé, parfois avec dureté, par des artistes femmes qui questionnent les relations sociales, l’héritage matriarcal, la violence, l’impunité de l’État, la perception du féminin dans l’imaginaire collectif de la mythologie à la realpolitik. Quatorze artistes qui posent un regard aigu et sans concession sur leurs territoires à travers des œuvres filmiques, sculpturales et photographiques fortes et généreuses.
Cette pérégrination enchanteresse par sa multiplicité formelle et douloureuse par ses propos s’enroule autour de la peinture abstraite d’Aïcha Hamu qui redessine l’espace architectural de l’Hôtel des arts à Toulon d’un sinueux tapis rouge. Invitation amusée à fouler les marches de cet ancien lieu de pouvoir et à croire, quelques heures seulement, appartenir au monde des puissants et des « V.I.P. » ! Dans To the Wild, l’espagnole Cristina Lucas déjoue les codes du conte de fées pour dénoncer la chape de plomb qui recouvrait l’Espagne franquiste et ses sombres méfaits. Sa vidéo mêle des scènes d’une extrême violence et une bonne dose d’humour dans un maniérisme et une esthétique inspirés des maîtres du siècle d’or espagnol. Autre vidéo et autre humour avec Something Bad happened to Me entonné par la stanbouliote Inci Eviner qui redonne vie et voix aux myriades d’anonymes disparues. Une litanie joyeuse visuellement et incantatoire par son leitmotiv : « Quelque chose de grave m’est arrivé, tu m’as fait mal, tu m’as enlevé la langue. » Dans le film Gellért de Tacita Dean, la langue est confuse et les conversations des femmes au hammam se perdent dans un brouhaha de vapeurs aquatiques. Seule demeure l’image troublée de corps libérés de leurs contraintes et des diktats de la beauté car, contrairement au bain de jouvence qui fait rêver à l’éternelle jeunesse, le bain hongrois sent le souffre et le mal au corps. Parmi ces artistes renommées choisies par Véronique Collard Bovy, la jeune palestinienne Nissreen Najjar (en 5e année à l’École d’art de Lyon) présente une installation contraignante dont l’expérience est physiquement et mentalement difficile. L’expression « mettre au secret » prend tout son sens et l’art est là, justement, pour le lever.
MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Juillet 2016

Les parfums de l’intranquillité
jusqu’au 25 septembre
Hôtel des arts, Toulon

Photo : Something Bad happened to Me © Inci Eviner


Hôtel des Arts
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