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Vu par Zibeline

La Cour commune de Jhonel élit domicile au Petit Duc

Paroles ailées

• 7 juillet 2016⇒30 juillet 2016 •
La Cour commune de Jhonel élit domicile au Petit Duc - Zibeline

Homère nous avait rendu familières les paroles ailées de ses héros. La vérité se moirait alors de la vertu des mots, à la fois précise et imagée qui accordait sa réalité au monde. Ainsi, Hamani Kassoum  a un nom de scène et de plume porteur d’ailes, Jhonel. Il offrait le 26 février, au Petit Duc, une rencontre avec les étudiants pour lesquels il a brossé un tableau de la situation économique et politique du Niger, « pays à 82% analphabète », aux multiples langues, dont le français qui, de langue coloniale, devient celle des jeunes slameurs. Ces derniers se l’approprient et lui accordent le statut de langue vécue transmettant « leurs sentiments, leur indignations » (Jean-Dominique Pénel). Lorsque le budget de la culture est de 200 millions de francs CFA, autrement dit 300 mille euros, il est difficile aux artistes de survivre, d’être rémunérés à leur valeur. La misère dans ce pays où la malnutrition fait des ravages, est « celle des idées autant que celle de l’argent ». « Il y a une seule saison des pluies et le reste de l’année, il n’y a rien à faire, d’où les départs ». Jhonel sourit « il faut accepter de fuir la misère ». Il a refusé longtemps les cachets proposés, car indécents, c’est par là qu’il a réussi à être aujourd’hui payé correctement et à être respecté. L’exigence se retrouve dans son travail, son goût des mots, de leur transmission –« qu’il y ait une personne en face de moi, ou une salle comble, c’est pareil, je donne, je donne, je donne… » – ; si sa famille, noble n’apprécie guère au départ de le voir composer et dire, -rôle des griots, caste inférieure-, le poète ne cesse de cultiver son amour des mots, jusqu’à mettre en œuvre une forme du Cercle des poètes disparus à l’école…

Aujourd’hui, « je sais que l’on m’écoute vraiment dans mon pays, c’est pourquoi je fais attention à ce que je dis. » Jhonel évoque ce ministre de la santé qui l’appelait, le consultait, mais qui après les élections s’est retrouvé en prison. Jhonel ne peut pas lui rendre visite, car il ne veut pas être considéré comme d’un parti. « Je travaille toujours sur comment dire pour pouvoir tout dire ». Les circonstances politiques dessinent un art poétique.

Les projets mûrissent, en 2012, Jhonel fonde un festival à Niamey, et depuis deux ans, se greffent des pôles de réflexion, par le biais de conférences, de rencontres, de colloques, qui réfléchissent à la question de la relation entre culture et développement. « Faut-il être prêts à un développement vers le « grand monde », rester dans nos pratiques, trouver un juste milieu ? ». Tout un travail est mené dans les lycées, les radios communautaires, pour savoir ce que le peuple pense vraiment. « Il est facile de proposer l’eau à l’autre, mais ce n’est pas forcément ce qu’il veut !… Il est nécessaire de chercher les réponses ensemble ».

Bientôt aussi sera posée la première pierre de la construction d’une maison de la poésie à Niamey, centre de résidences, mais aussi lieu tourné vers les plus jeunes, afin de « donner cette chance à l’enfant de se développer, lui donner sa place ».

En concert, on retrouve la générosité du poète. Avec tendresse, humour, autodérision, les thèmes de la vie quotidienne, les voisins, les amours, la tendresse, mais aussi la condition des femmes insupportable*, l’exil économique, l’hypocrisie des nantis, de « monsieur costar »… l’accompagnement aux percussions de Jean-Luc Bernard, son complice, souligne avec une subtile cohérence les mots du poète-slameur-conteur qui mêle zarma, haoussa, français, en une même approche sensible et percutante du monde.

Une rencontre exceptionnelle qui a conquis le public averti du Petit Duc.

MARYVONNE COLOMBANI
Mars 2016

Rencontre le 26 février à 17 heures Concert le 27 février à 20h30
Le Petit Duc, Aix-en-Provence

Niamey, cour commune
Jhonel, préface de Jean-Dominique Pénel
éditions l’Harmattan, collection Écrire l’Afrique. (10€50)

* « Que la presse   les medias publient ces vers   dans leur

couleur et leur valeur

Afin qu’on trouve une solution collective à nos

problèmes

Afin que la femme trouve   une meilleure situation dans

la société africaine ! »

Photographie © Anne Jaussiomme

à venir:

Festival Off (14h30)

Le Nouveau Ring (Impasse Trial), Avignon

réservations au 06 58 21 34 36


Le Petit Duc
1 rue Émile Tavan
13100 Aix-en-Provence
04 42 27 37 39
www.lepetitduc.net