Parade, la future coqueluche du milieu rock undergound marseillais ?

Parade, l’espoir d’un nouveau printemps

Parade, la future coqueluche du milieu rock undergound marseillais ?  - Zibeline

Il devait jouer au Printemps de Bourges mais un virus en a décidé autrement. Le jeune groupe marseillais Parade annonce un premier EP pour septembre.

Ils ne cachent pas leur frustration. La Covid 19 a tué dans l’œuf leur tournée. Marine, Nicolas, Mathieu et Jules ont formé Parade il y a moins de deux ans. C’est en répondant à la petite annonce de Jules Henriel, auteur et interprète, que le guitariste Nicolas Fossoy allait poser sans le savoir les jalons du groupe. Ses deux ou trois morceaux enregistrés sur un dictaphone sont suffisamment convaincants pour démarrer un travail en duo, une boite à rythmes pour compléter l’instrumentarium. Après un showcase à Lollipop, c’est la regrettée Machine à coudre qui accueille leur premier concert. Nicolas invite Mathieu Aimon, un ami batteur, à y assister. Cet ancien des Qúetzal Snâkes, éphémère mais marquante formation marseillaise de rock garage, se trouve alors sans groupe. Il devient le troisième larron, embarquant avec lui la bassiste Marine Sahakian. Au début de l’hiver 2018, Parade naît. En septembre de l’année suivante, ils font sensation lors de la Rue du Rock, festival du quartier du Chapitre à Marseille, vivier du genre dans la région. « Notre coup de cœur », s’enthousiasme Sarah Lepetre, directrice de La Meson, qui les prend sous son aile de manageuse. 

« On n’aurait jamais candidaté »

Le 31 janvier dernier, Parade se produit sur la scène du Moulin, à Marseille, dans le cadre de la sélection régionale pour participer aux Inouïs du Printemps de Bourges, la scène découverte du célèbre festival. « On n’aurait jamais candidaté si Gilles et Sarah ne nous y avaient pas poussé », avouent-ils. La prestation, menée « sans la moindre pression », ne semble pas aujourd’hui leur procurer une grande satisfaction. Pourtant, quinze jours après, un coup de fil leur annonce la nouvelle que personne n’attendait : ils joueront à Bourges. « C’est un exploit, estime Gilles Hosipoff, complice de Sarah. Car Marseille a une image plutôt hip-hop ou électro et les sélectionnés sont le plus souvent des rappeurs. » Une coutume démentie par les sonorités post-pop de la bande des quatre. Pourtant plusieurs points communs font évidence avec le rap dont les rockers devraient davantage « s’inspirer de la manière de fonctionner », estime Mathieu. En premier lieu, leur jeunesse -leurs âges s’étalent entre 27 et 31 ans- dans un milieu du rock « où l’on regarde beaucoup en arrière », déplorent-ils. 

Un virage new wave

Parade s’appuie également sur sa polyvalence alliant artistique et technique, qui va de la production au mixage en passant par le montage de leurs clips. « Notre envie est de faire nous-mêmes. Ça permet de sortir des choses osées, spontanées. » Mais aussi une énergie brute, une fraîcheur percutante. Auxquelles s’ajoute une capacité à se réinventer à la vitesse d’une pandémie. Pour preuve, le clip confiné Are we getting weaker ?, réalisé en quatre jours pour l’opération web du Printemps de Bourges imaginaire, qui propose une version revisitée de leur titre Highway. « On avait carte blanche alors on est partis dans un esprit plus new wave. Sans la contrainte du confinement, on n’aurait sans doute jamais pris cette direction. Finalement, on a fait un deuxième clip, dans la même lignée. » Cette nouvelle sensibilité « cold » pourrait bien influencer leur prochain travail. Car le premier EP de cinq titres du nom du groupe, dont la sortie est programmée en septembre, a été finalisé en avril. Et « reflète un esprit à un instant T. On a mûri depuis », confient-ils. 

Voix caverneuse

C’est également à la rentrée que le jeune groupe espère reprendre le chemin des salles de concert. « On s’attend à beaucoup d’émotion au premier coup de gratte. » En attendant, il profite du déconfinement pour retrouver son local de répétition. C’est en osmose et avec un fonctionnement qualifié de « démocratique » que Parade conçoit ses morceaux. « On cherche l’évidence. Chacun y met sa touche, il y a toujours discussion » même si l’écriture des textes revient à Jules, originaire de Montpellier, chanteur à la voix caverneuse. « Si on fait de la musique dans le monde d’aujourd’hui, c’est que l’on a des choses à dire », explique le parolier, définissant ses textes comme « des images, des portraits dans lesquels les gens mettent ce qu’ils veulent. J’espère qu’on les écoutera dans cinq ou dix ans en se disant qu’ils sont toujours d’actualité ». Pour Nicolas, le guitariste, voix et musique « ne forment qu’un seul message », à la manière d’un échange « inconscient de questions-réponses ». Dans le milieu rock undergound marseillais, les avis sont unanimes. Et ce n’est visiblement pas un virus qui empêchera Parade d’en devenir la coqueluche.

LUDOVIC TOMAS
Mai 2020

Parade, EP éponyme, sortie en septembre (La Meson/Lollipop).

A visionner : printemps-bourges.com/spectacle/parade/

Photo : Parade © François Guery