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L’art de porter l’imperméable : subtil recueil de nouvelles de Sergi Pàmies

Par le filtre de la littérature

L’art de porter l’imperméable : subtil recueil de nouvelles de Sergi Pàmies  - Zibeline

« Ma mère aimait à répéter que l’avantage d’être écrivain, c’est que tout ce que l’on vit est susceptible, tôt ou tard, de se transformer en littérature » commence, en soulignant que l’idée n’a rien d’original en soi, le narrateur de la troisième nouvelle, Chant de Noël materno-filial dans le dernier ouvrage de Sergi Pàmies. Cultiver cette faculté, précise le protagoniste, double de l’auteur, « au lieu de [le] rapprocher de la vie réelle, [l]’en éloigne, et, en échange, [lui] permet de manipuler les codes de la fiction, plus indulgents que ceux de la réalité »… De mises en abîme en décalages, le livre s’orchestre en treize courtes nouvelles qui évoquent le lien amoureux, la déliquescence du couple, l’irréparable usure du temps, la filiation, l’héritage que laisse l’éducation. L’amour, les séparations, la mort, les relations qui changent entre parents et enfants que l’âge adulte transforme… Les souvenirs se réinterprètent, le passé se relit, distillé au filtre de la mémoire et des mots. La nouvelle centrale qui donne son nom au recueil, L’art de porter l’imperméable, nous plonge dans une narration autobiographique où le scripteur revient sur le passé familial, la vie de ses parents militants engagés contre le franquisme, clandestins puis reconnus pour leur implication courageuse aux côtés de Semprún, qui partageait, avec Humphrey Bogart, Albert Camus et le père de Pàmies l’art de porter avec classe l’imperméable, devenu symbole politique avec sa « coupe sociale-démocrate ». Le quotidien prend une saveur douce-amère, teintée d’un humour léger au cœur d’une écriture fluide et souple qui suit la pensée sensible du narrateur. La légèreté se moire de réflexions profondes, certaines situations flirtent avec le fantastique. Le tout est d’une lucidité souvent bouleversante. Les références littéraires affleurent, la piscine de Gatsby le magnifique ouvre le volume. Mais le sérieux se teinte de dérision et convoque La Belle et le Clochard et se concentre sur la question essentielle « Ai-je pu rendre quelqu’un heureux ? ». Le lecteur assurément.

MARYVONNE COLOMBANI
Novembre 2019

L’art de porter l’imperméable Sergi Pàmies, traduction du catalan par Edmond Raillard
éditions Jacqueline Chambon, Actes Sud, 15 €