Les Muses rassemblées par l’Amour et la grâce des Festes d’Orphée

Par la grâce d’AmourVu par Zibeline

Les Muses rassemblées par l’Amour et la grâce des Festes d’Orphée - Zibeline

Infatigables, Guy Laurent et les Festes d’Orphée explorent le patrimoine musical de la Provence historique, exhument des pièces oubliées ou méconnues et les rendent au public avec un souci d’exactitude remarquable. Travail de fourmi, recherche dans les archives, réflexion sur l’interprétation… la partition Les Muses rassemblées par l’Amour du compositeur aixois André Campra (1660-1744), redécouverte par Jean-Philippe Goujon et restituée par Jean-Michel Hey, a donné lieu à une collaboration fructueuse entre les Festes d’Orphée et l’AMU, avec Julien Ferrando en porteur du projet. L’œuvre commandée à Campra et Perrin par l’Académie d’Aix en 1723, afin de célébrer la fin de la grande peste de 1722 qui ravagea la Provence, fut créée à Aix en 1728. En 2014 cette musique de célébration de la vie renaît avec les Festes d’Orphée, est l’objet d’un CD en 2015, et trouve en écrin privilégié, le théâtre du Jeu de Paume en 2017. On ne peut que saluer la formidable restitution de cette partition nourrie de culture antique, correspondant au genre de l’idylle (« idille » au XVIIIe). Dieux et muses font triompher la paix et le sentiment amoureux, même Mars (Gilles Schneider) dépose les armes et n’est plus à craindre, séduit par l’Amour (Laure Bonnaure), Apollon (Rémi Beer-Demander), rend grâce aux Muses (Nathalie Di Fusco, Catherine Soubrouillard, Céline Urbaniak), et la vertu est célébrée dans une harmonie retrouvée, avec un chœur superbement enlevé. Airs de joie portés avec élégance par l’orchestre d’instruments anciens… Il n’est pas encore de clivage imperméable entre musiques savante et populaire : biniou, galoubet et tambourin s’immiscent encore aux côtés des violons, et le Musicien provençal (Maximin Marchand) ne dépare pas ! Le travail précis mené sur les prononciations, les intonations, les phrasés, participe à l’indéniable qualité de la représentation qui offrait en première partie de beaux extraits de l’Orfeo nell’inferi du Carnaval de Venise du même Campra à propos duquel, en 1754, le jésuite M. A. Laugier disait : « Campra est un séducteur qu’on aime infiniment ». Nous aussi !

MARYVONNE COLOMBANI
Mai 2017

Les Muses rassemblées par l’Amour a été joué le 2 mai au Jeu de Paume, à Aix-en-Provence
Les Festes d’Orphée

Photographie : © Festes d’Orphée