Papicha, premier film fort et nécessaire de Mounia Meddour

Papicha

Papicha, premier film fort et nécessaire de Mounia Meddour - Zibeline

La nuit. Deux filles qui font le mur et filent dans une rue mal éclairée, puis sautent dans un taxi où elles rient, se maquillent, fument, au son d’une musique très rythmée tandis que la radio annonce un attentat meurtrier. On est à Alger en pleine décennie noire et le climat est tendu. Arrêté par un groupe de policiers armés, le taxi est contrôlé et fouillé. Nedjma et son amie Wassila se sont fait discrètes et se sont coiffées du hidjab. « Car si on ne se couvre pas, c’est le linceul qui te recouvre. » Toutes deux rejoignent des amies dans une boite et Nedjma, étudiante qui veut devenir styliste, vend aux autres ses vêtements. Comme toutes les jeunes filles du monde, elles plaisantent, se lancent des défis de batailles de vannes ou de danses. Mais la menace islamiste est là ! Des affiches prônant le hidjab placardées sur les murs de la cité universitaire, des intrusions violentes dans les cours, des menaces dans les transports publics.

Peu à peu la tension monte et la terreur touche Nedjma au cœur ; Linda, sa sœur ainée, journaliste, est abattue, alors que toutes deux viennent de passer un doux moment chez leur mère qui leur a raconté la tradition du haick. La musique s’est arrêtée, l’écran se noircit, plongeant le spectateur dans la douleur silencieuse de cette « papicha », pleine de vie. Elle va laver le sang, puis teindre en rouge des pièces de tissu dont elle veut faire des vêtements. Car si sa douleur est grande, encore plus fortes sont sa détermination et sa résistance. Malgré la menace de plus en plus terrible, elle ne veut pas partir et refuse de suivre Mehdi, son amoureux qui lui propose le mariage… et l’exil. Elle aime son pays et veut y rester, y vivre et résister. Elle décide alors d’organiser à la Cité Universitaire un défilé de haicks blancs, symboles du refus des hidjabs noirs. Le défilé, magnifique, aura lieu, mais…

Nedjma, dont le prénom fait penser au roman de Kateb Yacine, est magistralement interprétée par Lyna Khoudri (qu’on avait déjà remarquée dans Les Bienheureux de Sofia Djama). La caméra nerveuse, fiévreuse parfois, de Léo Lefèvre ne la lâche pas, la filmant souvent en plans serrés, comme pour coller à ce corps que les intégristes veulent cacher aux regards des hommes. Des hommes qui, ici, n’ont pas le beau rôle, lourds et même violents, que ce soit le veilleur de nuit, Mokhtar, qui essaie de la violer, ou Karim, le copain de Wassila (Shirine Boutella) compréhensif au départ, qui révèle ce qu’il est quand il apprend que Wassila participe au défilé, la traitant de « pute » et la battant. Mehdi (Yasin Houicha) lui, ne semble pas trouver sa place dans cette Alger-là et préfère partir.

Papicha, ce premier film, fort, rempli d’énergie et nécessaire dans la période actuelle, que Mounia Meddour a écrit à partir de sa propre histoire et qu’elle tourné en Algérie, a été présenté à Un certain Regard à Cannes. On attend avec impatience son prochain film, Houria.

ANNIE GAVA
Octobre 2019

Papicha est sorti en salle le 9 octobre (1h45).
NDLR : Le film a été censuré en Algérie.

Photo : Papicha © Jour2Fête

Vous pouvez écouter Mounia Meddour sur la WebRadio Zibeline.