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Retour sur le film La corporación de Fabián Forte, en compétition aux Rencontres du cinéma d'Amérique latine

Pactes de diables

• 29 mars 2014 •
Retour sur le film La corporación de Fabián Forte, en compétition aux Rencontres du cinéma d'Amérique latine - Zibeline

C’est un générique sur fond de puzzle qui ouvre La corporación de Fabián Forte. Et c’est une pièce de puzzle qui sert de logo à l’entreprise florissante dirigée par M. Mentor. Chaque morceau s’emboîte dans l’autre, à sa place unique dans un tout pré-dessiné, prédestiné. M. Mentor est un méticuleux qui ne supporte pas les cravates de travers, les taches sur les chemises, les chaussures usagées et les parfums trop communs. Il travaille dans un bureau où règne l’ordre sans la volupté. Façade de verre à laquelle répond très exactement la façade de sa maison bourgeoise, parfaite comme l’idée qu’on peut s’en faire, et où l’attend une épouse tout aussi parfaite. Très vite, on apprend que ce bonheur conjugal est un service tarifé par une corporation omniprésente, qui comme le diable, fait signer d’inquiétants contrats à ses clients, que cette femme idéale joue un rôle scénarisé par M. Mentor lui-même à partir d’un film d’amour qu’il semble se passer en boucle.
Le réalisateur argentin, en direct de Buenos Aires via Skype, a précisé avoir beaucoup lu de récits fantastiques pour élaborer ce scénario. On est plutôt ici dans de la science-fiction. Un monde très proche du nôtre portant au paroxysme sa volonté de tout déterminer, maîtriser, contrôler. M. Mentor se crée une épouse en accord avec son modèle de perfection, mais sans l’aide d’Aphrodite qui mettrait un peu de feu dans son cœur, cette femme n’est qu’une employée, une actrice castée. L’oublier conduit notre Pygmalion à la catastrophe toujours imprévisible du désordre amoureux. Fable cruelle, ironique : au moment où il semble enfin comprendre qu’il a fait fausse route et croit échapper au contrôle de la redoutable corporation, il devient l’objet inconscient de sa manipulation.

ELISE PADOVANI
Avril 2014

Ce film a été présenté le 29 mars en compétition aux 16e Rencontres du cinéma Sud-Américain organisées par l’Association Solidarité Provence Amérique du Sud.

ASPAS, Marseille

Photo : La corporación de Fabián Forte © cinemagroup

 


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