Vu par Zibeline

Le week-end marionnettes du Théâtre d’Arles, opportunité de contemplation et interaction entre deux mondes

Où se niche l’humanité ?

Le week-end marionnettes du Théâtre d’Arles, opportunité de contemplation et interaction entre deux mondes - Zibeline

Le week-end marionnettes programmé par le Théâtre d’Arles fut une belle proposition faite de découvertes multiples, et de délicatesses qui disent le monde autrement.

Avec Limen, Uta Gebert s’adresse avant tout à notre sensibilité, provoque des émotions qui ne se basent pas sur la compréhension d’un texte, voire d’une situation, mais qui nous laissent nous installer durablement dans la poésie d’images sensibles, dans une lenteur qui nous permet de prendre le temps du récit. Deux personnages, face à face, s’affrontent dans un combat qui prend sa source dans une porte dont on ne sait ce qu’elle peut receler… La musique enivrante d’Ulrich Kodjo Wendt et de Mark Badur nous emporte vers un ailleurs qui ouvre tous les possibles pour celui qui, enfin, en a franchi le seuil… À peine décelable derrière ses marionnettes, Uta Gebert mène l’histoire, précise dans ses mouvements et dans une temporalité inusuelle, onirique en diable, qui provoque avec ce silence « musical » et avec cette lenteur une impressionnante opportunité de contemplation.

Avec Le Petit théâtre du bout du monde, Ézequiel Garcia-Romeu invite les spectateurs-acteurs à prendre place au sein de son « installation habitée » (magnifique scénographie !), dedans, autour, debout, assis… Chacun peut choisir son angle de vue, la vie qui s’offre au spectateur est incessante, fourmillante, une lecture à plusieurs niveaux que l’on s’approprie au fil du spectacle. Mille détails et « petites choses » accrochent le regard, dans une boîte faite de verre et de bois à deux étages dans et sur laquelle des marionnettes s’animent, de drôles de personnages auxquels Ézequiel Garcia-Romeu donne vie. La vie du dessous nous offre la vision d’un étrange laboratoire dans lequel chacun s’active à de petites occupations tandis qu’une voix off nous informe de l’état environnemental lamentable du monde par le biais de trois articles du journal Le Monde ; au-dessus, un homme, une vieille femme et une plus jeune, statiques, semblent attendre qu’on les anime. Est-ce la vie du dessous qui rend vivable celle du dessus ? L’interaction entre les deux mondes se fait par le biais d’un petit personnage très actif, le seul qui semble savoir ce qu’il fait là et se promène entre tous pour impulser son humanité. Sera-t-il seulement assez puissant pour éviter que le monde ne se précipite dans ce néant que suggère subtilement Garcia-Romeu ? Car ne nous trompons pas, ces personnages nous ressemblent de façon troublante, d’où qu’on se trouve.

DOMINIQUE MARÇON
Janvier 2015

Le week-end marionnettes s’est déroulé au Théâtre d’Arles les 8 et 9 janvier

Photo : Le Petit théâtre du bout du monde -c- Nathalie Sternalski


Théâtre d’Arles
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