Une bête au paradis de Cécile Coulon, aux éditions de l'Iconoclaste

Où est le Paradis ?Vu par Zibeline

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Il se trouve sur la Terre, répond Cécile Coulon dans son septième roman, Une bête au Paradis. Et même dans la terre. Le Paradis, c’est d’abord le nom de la ferme dans laquelle se déroule la violente et sensuelle saga familiale que la jeune autrice a imaginée. Un paradis qui grouille, qui suinte, qui germe et qui pourrit. Un lieu vivant, quoique plein de fantômes. Une terre qu’il faut travailler durement et jalousement garder. On est loin de l’Eden… Après un prologue –description quasi clinique du domaine et de sa dernière gardienne, Blanche (est-elle la bête de ce Paradis ?)- le roman se déploie au rythme de ses souvenirs. De brefs chapitres se succèdent, tous précédés d’un titre à l’infinitif (« faire mal », « protéger » « se tordre », « partir »…), comme autant de gestes à faire, sans hésiter, sans pleurer. Comme autant de jalons dans une histoire semée de deuils et de souffrances, remplie d’amour aussi. Après la mort accidentelle de leurs parents, Emilienne, « un arbre fort aux branches tordues », a élevé seule ses deux petits-enfants, Blanche et Gabriel ; elle a aussi accueilli Louis, devenu l’homme à tout faire de la ferme. Elle est « de celles qui continuent, sans relâche, à consolider leur petit empire, à la seule force de leur âme, qui est si grande, habitée de miracles et d’horreurs, si grande. » Blanche ressemble à sa grand-mère, une « guerrière » elle aussi… Sa passion pour le séduisant et ambitieux Alexandre (est-il la bête de ce Paradis ?) manquera de la détruire ; seul son amour inconditionnel pour sa terre la tiendra. On peut juger le scénario mélodramatique, l’intrigue convenue. Ce qui fait l’originalité, et la grande qualité de ce roman, c’est la langue. Une langue musclée comme les corps des travailleurs de la terre. Une langue pleine d’images aussi, qui compare les humains à des chevaux de labour, ou à des portées de chatons, et fait saigner et pleurer les arbres comme des hommes. Une langue puissante et dure, comme la gardienne de cet infernal paradis.

FRED ROBERT
Octobre 2019

Cécile Coulon était présente aux Correspondances de Manosque (25 au 29 septembre).

Une bête au paradis
Cécile Coulon
éditions de L’Iconoclaste, 18 €